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11/01/2014 01:36 EST | Actualisé 12/03/2014 05:12 EDT

Crise politique en Thaïlande: menace de paralysie de Bangkok lundi

La crise politique en Thaïlande devrait entrer lundi dans une nouvelle phase potentiellement chaotique, avec la promesse de l'opposition de "paralyser" Bangkok pour forcer le gouvernement à démissionner.

Les autorités ont prévenu qu'elles étaient prêtes à déclencher "l'état d'urgence" si les violences redoutées se produisent dans la capitale, où près de 20.000 policiers et soldats seront mobilisés.

Les manifestants, qui ont été jusqu'à plus de 150.000 dans les rues ces deux derniers mois, ont promis de prolonger leur opération de paralysie jusqu'à la "victoire".

Après avoir occupé en décembre plusieurs ministères, ils menacent de s'installer à plusieurs carrefours stratégiques de Bangkok, conduisant certains à craindre des problèmes d'approvisionnement, comme l'ambassade des Etats-Unis, qui a recommandé à ses concitoyens de stocker de la nourriture pour deux semaines.

Les manifestants réclament le départ du gouvernement de Yingluck Shinawatra, qui cristallise le ressentiment accumulé par l'opposition contre son frère Thaksin.

Celui-ci l'a précédée dans ses fonctions de Premier ministre et continue de diriger le pays à travers elle malgré le coup d'Etat dont il a été victime en 2006, selon l'opposition.

De nombreux opposants rêvent de reproduire le scénario du putsch avec sa jeune soeur, en qui ils voient le prolongement du "régime Thaksin", synonyme selon eux de généralisation de la corruption entre autres maux.

Plus généralement, les manifestants veulent remplacer le gouvernement par un "conseil du peuple" non élu, ce qui suscite des craintes quant à leurs aspirations démocratiques.

Ils ont ainsi promis d'empêcher les législatives anticipées du 2 février, proposées par Yingluck comme une sortie de crise et dont le parti Puea Thai au pouvoir est donné gagnant.

Le Parti démocrate, principal parti d'opposition, qui soutient le mouvement, a, lui, claqué la porte du jeu démocratique, ses plus de 150 députés démissionnant en masse fin décembre avant d'appeler au boycott du scrutin.

Violences redoutées

Mais au-delà de l'opération de "paralysie" de Bangkok en elle-même, ce sont surtout des provocations de la part des manifestants les plus radicaux qui sont redoutées, comme fin décembre.

Plusieurs dizaines d'écoles resteront ainsi fermées lundi à travers la ville, qui reste marquée par la crise de 2010 quand des scènes de chaos avaient eu lieu dans le centre-ville, jusqu'à un assaut de l'armée en clôture d'une crise qui avait fait plus de 90 morts.

A l'époque, le rapport de pouvoir était inversé, avec les Démocrates au gouvernement et les "chemises rouges" fidèles à Thaksin dans la rue.

Dans la crise actuelle, après plus de deux mois de manifestations, des dizaines de blessés et huit morts (la plupart abattus dans des circonstances troubles), l'opposition est accusée de chercher l'affrontement, pour justifier un coup d'Etat, dans un pays qui en a connu 18 en 80 ans, réussis ou non.

"Ce qu'ils essayent de faire, c'est de créer des violences pendant l'opération de paralysie" de Bangkok, a accusé vendredi Surapong Tovichakchaikul, vice-Premier ministre. La police, qui a assuré ne pas utiliser de balles réelles, fera encore lundi preuve de "mesure".

Le gouvernement, qui ne se réunit plus à son siège mais la plupart du temps au QG de la police, tente de rassurer. Et la Première ministre maintient que les élections se dérouleront comme prévu.

Mais elle est sous pression de toutes parts.

Le chef de l'armée de terre a encore récemment refusé d'exclure un coup d'Etat.

Et plusieurs centaines d'élus, dont une grande partie de députés du Puea Thai candidats aux législatives, sont menacés de poursuites judiciaires, pour avoir tenté d'amender la Constitution.

Ils risquent d'être interdits de vie politique pendant cinq ans, faisant craindre à de nombreux analystes un coup d'Etat qui ne serait pas militaire mais judiciaire.

Deux précédents Premiers ministres pro-Thaksin ont été chassés de leur poste par la justice et Yingluck est également menacée par une enquête pour corruption à propos du programme de subventions aux riziculteurs.

"Je ne pense pas que les élections vont avoir lieu, car ceux qui détiennent le pouvoir judiciaire sont en majorité contre le gouvernement de Yingluck", explique Paul Chambers, directeur de recherche à l'université de Chiang Mai.

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