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11/01/2014 11:30 EST | Actualisé 13/03/2014 05:12 EDT

Au PK-5, quartier musulman de Bangui: "Djotodia a démissionné, que veulent-ils de plus?"

"Djotodia a démissionné, qu'est-ce qu'ils veulent de plus?" Dans le quartier à majorité musulmane PK5 à Bangui, la lassitude le dispute à la peur. Magasins pillés, mosquées détruites, les actes de vengeance continuent malgré le départ du président centrafricain honni par les chrétiens.

"Putain de pays!" Fathi secoue la tête en contemplant le corps d'un homme dont le visage a été écrasé à coups de pierres - l'un des trois cadavres récupérés samedi matin à la mosquée Ali Baboro, après les violences de la nuit.

"On avait cru que la démission (du président Michel) Djotodia serait une solution pacifique pour tout le monde. Mais malheureusement, ça continue", soupire le jeune étudiant, qui dit recevoir des SMS de menaces de ses anciens amis chrétiens: "Maintenant, c'est votre tour".

Au moins, il n'y a plus de tueries à grande échelle. Au plus fort des violences intercommunautaires en décembre, le recteur de la mosquée, Yahia Aladi Wazia, recevait des dizaines de corps chaque jour. "Maintenant, c'est trois-quatre quotidiennement", dit le vieil homme en djellabah blanche, en soulevant la bâche en plastique d'un nouveau cadavre tout juste arrivé pour tenter de l'identifier.

Dans les heures qui ont suivi la démission vendredi de Michel Djotodia, de nombreux actes de pillages ont été observés, au moins cinq personnes ont été tuées et des dizaines blessées, selon la Croix-rouge centrafricaine.

Au PK-5, une cinquantaine de commerces musulmans ont été pillés ces dernières 36 heures, selon Ismaïl Hassan, un étudiant. Et les habitants du quartier continuent à fuir par centaines vers le Tchad. Samedi encore, des camions chargés jusqu'à la gueule de ballots et de valises attendaient une escorte de soldats tchadiens pour partir.

"Les habitants sont découragés. Ils ne comprennent pas pourquoi les anti-balaka (milices chrétiennes) continuent à couper les gens et piller les commerces", dit Issa Mahamat, un commerçant qui refuse de partir: "Je suis né ici, je suis centrafricain, je n'ai rien à voir avec le Tchad".

"Tout se paie ici-bas"

Michel Djotodia est déchu mais la haine continue de bouillir. Et pour de nombreux chrétiens, victimes pendant près d'un an des exactions des rebelles Séléka qui avaient porté Djotodia au pouvoir, "les musulmans et la Séléka, c'est le même visage".

Non loin du PK-5, dans le quartier à majorité chrétienne Bimbo, une centaine de personnes détruisent une mosquée à coup de masse et de pierres. "Je détruis au nom de Jésus", peut-on lire sur un des derniers pans de mur encore debout.

"On n'a pas besoin des Arabes, on n'a pas besoin des musulmans. Ils nous ont pillés, nous ont tués. C'est impossible de vivre avec eux", dit calmement un des jeunes, Béranger.

"Les gens ont gardé la rancoeur et n'ont pas oublié. Tout se paie ici-bas. Ils ont été pillés, aujourd'hui ils pillent. Leurs églises ont été brûlées, ils détruisent des mosquées", ajoute à ses côtés Sévéré.

Après Bimbo, c'est la sortie sud de la ville. Elle est gardée par un groupe de Séléka restés en position et un contingent tchadien de la Misca, la force africaine.

Le "capitaine" Souleymane Daouda, qui garde la position, est un des rares "Séléka" qui a conservé des relations à peu près correctes avec la population.

Ancien comptable, ce jeune musulman avait tenté de pacifier la situation dans le quartier lorsque les rebelles étaient entrés dans Bangui en mars 2013, puis pris des responsabilités au sein de la Séléka, finalement dissoute par Michel Djotodia lui-même.

Aujourd'hui, il avoue se sentir "un peu seul". S'il conçoit que les rebelles ont commis des "dérapages" - en réalité, des exactions à grande échelle - et que le pouvoir de Djotodia a "failli", il estime avoir "accompli sa tâche" et se dit prêt à travailler avec le futur pouvoir centrafricain, quel qu'il soit.

cf/mc/mba