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10/01/2014 04:59 EST | Actualisé 11/03/2014 05:12 EDT

Syrie: l'opposition modérée sous pression pour participer à la conférence de paix en Suisse

Occidentaux en tête, onze pays soutenant l'opposition modérée syrienne vont multiplier dimanche à Paris les pressions pour la convaincre de participer à la conférence de paix sur la Syrie prévue à partir du 22 janvier en Suisse.

"Nous considérons que (la conférence de) Genève-2, à condition que son mandat soit respecté, est nécessaire. Nous demandons aux uns et aux autres de faire effort pour y participer", a déclaré cette semaine le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius, à l'initiative de la rencontre ministérielle convoquée à Paris.

Réunie cette semaine à Istanbul, la Coalition, profondément divisée sur cette question, n'a pas tranché et reporté sa décision au 17 janvier. Les principaux groupes de combattants rebelles ont mis en garde les opposants politiques en exil contre toute forme de négociations avec le régime syrien et le Conseil national syrien, principale composante de la Coalition, a déjà exprimé son refus de participer à Genève-2, exigeant des garanties sur un départ du président Bachar al-Assad.

M. Fabius a beau souligner que le mandat de la conférence tel que défini par le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon est de "dégager un gouvernement de transition doté de tous les pouvoirs exécutifs, réunissant des éléments du régime et de l'opposition modérée", la Coalition a de sérieux doutes.

"Le gouvernement transitoire aura-t-il des pouvoirs entiers, y compris le pouvoir présidentiel, le contrôle sur l'armée et les services de sécurité? Y a-t-il une perspective de créer en Syrie un Etat moderne, démocratique, civil, qui coupe avec le régime totalitaire et corrompu actuel ?", se demande Monzer Makhous, ambassadeur en France de la Coalition. "Ce n'est pas clair car le régime syrien et ses amis veulent une reproduction du régime actuel et que les réformes soient faites à leurs conditions", dit-il à l'AFP.

L'opposition réclame toujours, rappelle-t-il, la création de couloirs humanitaires en Syrie, la libération des prisonniers politiques et l'arrêt de l'utilisation d'armes lourdes, "avant la conférence". Elle veut aussi des zones d'exclusion aérienne, ajoute-t-il.

"Tant que le régime syrien bombarde n'importe quoi, n'importe où et par n'importe quels moyens, il est difficile d'imaginer que l'opposition politique mais surtout armée, va accepter d'aller négocier", affirme M. Makhous.

"On ne nous a pas écoutés"

Les efforts, notamment français, pour unifier l'opposition modérée et en faire un interlocuteur légitime sur la scène internationale n'ont pas été suivis d'effet.

Près de trois ans après le début du conflit, "l'ensemble du mouvement révolutionnaire en Syrie est contre Genève" aujourd'hui et "sur le terrain, la légitimité de la Coalition est ébranlée", concède à l'AFP l'un de ses membres, Samir Nashar.

"C'est vrai que la situation de nos amis de la Coalition, de l'opposition modérée, n'est pas facile", reconnaît M. Fabius. "Ils ont à se battre sur deux fronts, d'un côté M. Bachar al-Assad, les Iraniens, les Russes, de l'autre les mouvements terroristes".

Plusieurs groupes armés de la rébellion, islamistes et laïcs, viennent d'ouvrir un second front dans le nord de la Syrie, contre les jihadistes de l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) à qui ils reprochent de nombreuses exactions dans le combat contre le régime syrien.

La France a déploré cette semaine la montée en puissance des groupes radicaux depuis l'été 2012, rendue possible selon elle par les désaccords et la passivité de la communauté internationale.

"Si on avait davantage écouté la France, nous ne serions pas dans la situation absolument tragique où nous sommes. (...) En juin-juillet 2012, lorsqu'il n'y avait pas de présence iranienne, pas de Hezbollah (mouvement chiite libanais soutenu par Téhéran, allié du régime syrien), pas de mouvements terroristes, il aurait suffi d'un certain mouvement pour que l'évolution se fasse mais on ne nous a pas écoutés, il y avait les élections américaines, les dissensions de tel ou tel...", a regretté le ministre.

La rencontre dimanche des "Amis de la Syrie" réunira le président de la Coalition, Ahmad Jarba, avec les Etats-Unis, le Royaume-Uni, la France, l'Allemagne, l'Italie, la Turquie, l'Arabie saoudite, les Emirats arabes unis, le Qatar, l'Egypte et la Jordanie. Etats-Unis et Russie, co-parrains de la conférence de paix en Suisse, ont prévu de discuter de la Syrie dès le lendemain, toujours à Paris.

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