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10/01/2014 08:27 EST | Actualisé 12/03/2014 05:12 EDT

Le président centrafricain démissionne en compagnie de son premier ministre

N'DJAMENA, Tchad - L'ancien rebelle devenu président de la République centrafricaine, Michel Djotodia, a démissionné vendredi en compagnie de son premier ministre, ont annoncé des leaders régionaux.

M. Djotodia faisait face à des pressions de plus en plus intenses pour quitter son poste, dans l'espoir de calmer les milices armées qui tentaient de le chasser par la force.

Son départ pourrait toutefois aussi créer un vide politique dangereux dans une région du monde où les coups d'État et les dictatures sont monnaie courante.

L'annonce de sa démission a été accueillie par des scènes de joie dans les rues de la capitale, Bangui, alors que la population espère maintenant une amélioration de la sécurité.

«Nous sommes finalement libres! Nous allons enfin pouvoir rentrer chez nous», a dit Carine Gbegbe, une femme de 28 ans qui habite un camp de réfugiés à l'extérieur de la capitale.

Le secrétaire général de la Communauté économique des États de l'Afrique centrale, Ahmat Allami, a annoncé la démission de M. Djotodia dans la foulée d'un sommet organisé au Tchad pour discuter de la crise centrafricaine.

Le départ de M. Djotodia était devenu inévitable depuis qu'il avait été lourdement critiqué par le président français François Hollande et d'autres grands acteurs de la communauté internationale, selon l'analyste Thibaud Lesieur du International Crisis Group.

«La présence d'un gouvernement transitoire ne se traduira pas automatiquement par la fin de la violence en République centrafricaine, mais la démission de Djotodia était la principale revendication des rebelles antibalaka et de la population en général», a-t-il dit.

M. Djotodia n'exerçait que peu de contrôle sur les rebelles armés qui l'avaient porté au pouvoir — dont certains ne trépignent possiblement pas d'impatience à l'idée de devoir regagner la brousse du nord du pays. On ne sait pas non plus si les combattants venus du Soudan et du Tchad pour appuyer M. Djotodia rentreront maintenant chez eux.

Des résidants de Bangui ont rapporté avoir entendu des tirs dans certains quartiers de la ville vendredi après-midi.

«La porte de la paix est maintenant ouverte, a dit Appolinaire Donoboy, un employé de l'aéroport où quelque 100 000 personnes ont trouvé refuge dans un vaste camp improvisé. Nous sommes très heureux du départ de Djotodia mais il y a encore trop d'armes à Bangui.»

Le départ de M. Djotodia laisse le pays entre les mains d'un gouvernement intérimaire faible. Le premier ministre Nicolas Tiangaye, qui militait dans l'opposition depuis longtemps avant le coup d'État de mars 2013, quittera lui aussi son poste, a dit M. Allami.

Une dirigeante d'Amnesty International, Joanne Mariner, a prévenu que la situation demeure fragile et réclamé l'envoi de plus de soldats étrangers pour faire respecter la paix.

«La démission de Djotodia pourrait facilement provoquer des attaques de représailles par les milices antibalaka chrétiennes contre la communauté musulmane, a-t-elle expliqué. Les forces musulmanes ex-Seleka (rebelles) sont aussi lourdement armées, ce qui présente un risque très réel d'escalade de la violence. La sécurité et la protection des civils est de première importance.»

La France a déployé 1600 soldats pour stabiliser la République centrafricaine, tandis que d'autres pays africains ont contribué des milliers de soldats de plus.

La République centrafricaine est de longue date un des pays les plus instables de la planète. Le coup d'État de mars 2013 avait porté au pouvoir des rebelles lourdement armés qui s'en étaient ensuite pris à la population civile. Les rebelles sont essentiellement des musulmans issus du nord du pays, et la colère suscitée par leurs exactions a transformé le conflit en querelle partiellement religieuse.

Les violences entre chrétiens et musulmans ont fait plus de 1000 morts en décembre, et plus d'un million de personnes ont fui leur maison pour échapper aux attaques.