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10/01/2014 05:27 EST | Actualisé 12/03/2014 05:12 EDT

France : Plusieurs spectacles de Dieudonné interdits sur fond de débat sur la censure

Plusieurs spectacles du polémiste Dieudonné, condamné à de multiples reprises pour antisémitisme, ont été interdits par la justice française alors qu'un débat sur la censure et la liberté d'expression a pris vendredi une nouvelle ampleur.

Dans la foulée d'une première décision interdisant jeudi le spectacle de Dieudonné à Nantes (ouest), le Conseil d'Etat, la plus haute juridiction administrative, a interdit vendredi le spectacle de l'humoriste controversé à Tours (centre).

Quelques heures plus tard le préfet de police a interdit par arrêté trois spectacles de l'humoriste, prévus à Paris samedi, dimanche et lundi.

La justice a mis en avant le "risque de trouble à l'ordre public" et une "atteinte à la dignité humaine".

Les avocats et les partisans de Dieudonné, un Franco-camerounais de 47 ans, ont dénoncé un acharnement inédit du pouvoir et une censure de son spectacle, intitulé "Le Mur", déjà présenté à Paris avant une tournée en France puis en Suisse, et dans lequel il multiplie les charges contre les juifs.

Le ministre de l'Intérieur Manuel Valls, à l'origine d'une circulaire demandant aux préfets d'interdire son spectacle, a dit vouloir poursuivre "le combat" contre "la parole raciste et antisémite".

Jeudi, la Ligue des droits de l'Homme (LDH) s'était inquiétée d'une décision juridique "lourde de conséquences pour la liberté d'expression". "Le juge n'a pas fait prévaloir la liberté d'expression sur l'interdit et c'est une décision qui est lourde de périls", a commenté son président, Pierre Tartakowsky.

L'ancien ministre socialiste de la Culture, Jack Lang, également professeur de droit, a estimé vendredi que la décision du Conseil d'Etat "portait en germe de graves risques pour la liberté d'expression".

Il s'agit d'un retournement de jurisprudence, les tribunaux ayant ces dernières années invalidé à une quinzaine de reprises des interdictions de spectacles de ce polémiste au nom de la liberté d'expression.

Victime ou martyr

Marine Le Pen, présidente du parti d'extrême droite Front national, a estimé vendredi que la décision "éminemment inquiétante" du Conseil d'Etat interdisant la tenue du spectacle de Dieudonné s'apparentait à une "censure" et représentait un "bouleversement de l'ordre juridique" en France.

Plusieurs éditorialistes craignaient de leur côté que cette victoire judiciaire pour le gouvernement ne transforme Dieudonné en "victime" ou "martyr".

Selon plusieurs experts interrogés vendredi par l'AFP, si la décision du Conseil d'Etat suscite un débat, elle devrait toutefois faire jurisprudence.

Pour qu'un tribunal administratif se prononce différemment, "il faudrait que Dieudonné donne des garanties supplémentaires sur le fait qu'il ne tiendra pas ce genre de propos (antisémites), qu'il le démontre", estime Frédéric Rolin, professeur de droit public à l'université Paris Ouest.

Selon les experts, la cour européenne des droits de l'Homme pourrait toutefois remettre en cause la décision du Conseil d'Etat, la France ayant déjà été condamnée plusieurs fois pour des violations du principe de la liberté d'expression.

"Les chances de condamnation de la France sont importantes, notamment parce qu'il y a une violation manifeste des droits de la défense", estime un professeur de droit public, sous couvert d'anonymat.

Les partisans de Dieudonné forment une mosaïque hétéroclite, comptant des militants pro-palestiniens, quelques jeunes d'extrême droite mais aussi des anarchistes ou des soixante-huitards sur le retour, soudés par un même rejet des élites politiques et médiatiques.

Son audience pourrait grossir sur internet, où le comédien jouit déjà d'une large popularité. Certaines de ses vidéos ont ainsi attiré plus de deux millions de spectateurs et près de 500.000 personnes "aiment" sa page Facebook.

"Nous ne pouvons laisser se diffuser cette parole. Il faut en discuter notamment avec les opérateurs" internet, a déclaré vendredi Manuel Valls.

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