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09/01/2014 07:51 EST | Actualisé 11/03/2014 05:12 EDT

Turquie: un scandale d'argent, de pouvoir et de politique

La Turquie est agitée depuis trois semaines par un scandale de corruption sans précédent qui implique des dizaines de proches du gouvernement islamo-conservateur et menace directement la position de son Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, à trois mois des élections municipales. Voici les principaux acteurs de cette crise:

REZA ZARRAB

Il est celui par qui le scandale est arrivé. Marié à la chanteuse turque Ebru Gündes, cet homme d'affaires azéri d'origine iranienne âgé de 30 ans est accusé d'avoir organisé un trafic d'or entre la Turquie et l'Iran sous embargo, dont les échanges financiers ont été hébergés par la banque publique turque Halkbank.

Pour couvrir son trafic, il est soupçonné d'avoir monnayé des protections auprès des fils des deux ministres de l'Intérieur et de l'Economie, Muammer Güler et Zafer Caglayan, proches du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan. Leur démission a précipité un large remaniement ministériel. M. Zarrab dort depuis le 21 décembre en prison.

ZEKERIYA ÖZ

Ce procureur d'Istanbul a ordonné le coup de filet du 17 décembre, à l'origine du scandale. Cette homme de 45 ans est sorti de l'anonymat pour avoir piloté en 2008 les enquêtes qui ont abouti à la condamnation de centaines de militaires reconnus coupables d'avoir comploté contre l'actuel gouvernement islamo-conservateur.

Réputé proche de la confrérie du prédicateur musulman Fethullah Gülen, il incarne ces centaines de magistrats et policiers que le gouvernement accuse de constituer un "Etat dans l'Etat" déterminé à obtenir sa chute. Dessaisi du dossier, il croise désormais directement le fer avec le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, qu'il accuse d'avoir fait pression sur lui.

RECEP TAYYIP ERDOGAN

A bientôt 60 ans, le Premier ministre, qui dirige sans partage la Turquie depuis 2002, est confronté à la plus grave crise politique de son règne, six mois après la fronde des manifestants de Gezi. La mise en cause de dizaines de proches, y compris son premier fils Bilal, l'a fragilisé à trois mois des élections municipales.

Cet ex-islamiste reconverti en "démocrate conservateur" ne cesse de dénoncer un "complot" ourdi pour déstabiliser son pouvoir, jugé "autoritaire" par ses détracteurs, et a engagé des purges sans précédent dans la police et la justice pour reprendre la main sur le pays.

Les critiques qui le visent, aussi bien à l'étranger que désormais dans sa propre majorité, font peser une ombre sur son avenir politique. M. Erdogan arrive en 2015 au terme de son troisième et dernier mandat à la tête du gouvernement et envisage de se présenter à la présidentielle d'août 2014, pour la première fois au suffrage universel direct.

FETHULLAH GÜLEN

Ce prédicateur musulman de 72 ans est certainement la personnalité clé de la crise. Installé aux Etats-Unis depuis 1999, il dirige une confrérie mystique, soufi, qui répand un enseignement religieux considéré comme moderne et tolérant.

Longtemps allié du Parti de la justice et du développement (AKP) de M. Erdogan, son mouvement, très influent dans la police et la justice turques, s'est progressivement éloigné du chef du gouvernement, notamment lorsqu'il a réprimé sévèrement les manifestations antigouvernementales de juin 2012.

La décision, en novembre, du gouvernement de fermer les écoles privées de soutien scolaires, importante manne de la nébuleuse Gülen, a sonné le glas de leur entente et créé une fracture profonde au sein du camp islamo-conservateur.

ABDULLAH GÜL

Solide compagnon de route de M. Erdogan, il a fondé avec lui l'AKP en 2001, avant d'être nommé ministre des Affaires étrangères puis élu président de la République en 2007. Aussi discret que M. Erdogan est véhément, cet anglophone de 63 ans s'est lentement éloigné du Premier ministre, se posant en défenseur de l'Etat de droit et en jouant l'apaisement, notamment lors des manifestations de Gezi.

Lui aussi réputé proche des réseaux Gülen, sa modération pourrait en faire le principal rival de M. Erdogan lors de l'élection présidentielle d'août 2014, tant la personnalité du chef du gouvernement est aujourd'hui contestée.

BA/pa/ml