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09/01/2014 06:01 EST | Actualisé 11/03/2014 05:12 EDT

Soudan du Sud : combats près de Bentiu, la libération de détenus toujours au coeur des négociations

L'armée sud-soudanaise affrontait jeudi les rebelles de l'ex-vice-président Riek Machar près de la capitale régionale de Bentiu, qu'elle tente de reprendre, tandis qu'à Addis Abeba, les pourparlers entre rivaux buttaient sur l'éventuelle libération de détenus proches de la rébellion.

"Il y a toujours des affrontements dans l'Etat d'Unité (nord, dont Bentiu est la capitale)", a affirmé à l'AFP le porte-parole de l'armée, Philip Aguer. "Nous sommes près de Bentiu", a-t-il précisé.

Selon un habitant, qui s'exprimait sous couvert d'anonymat, les rebelles ont quitté la ville pour aller combattre à l'extérieur les forces gouvernementales.

Mais "nous nous attendons à des combats (à Bentiu) d'un moment à l'autre", a-t-il précisé, ajoutant que les habitants commençaient à fuir, soit pour rentrer se mettre à l'abri dans leurs villages d'origine, soit pour trouver refuge auprès des Nations unies.

Le Soudan du Sud, indépendant du Soudan depuis juillet 2011, est ravagé par les combats depuis le 15 décembre.

Les affrontements ont d'abord opposé des unités de l'armée loyales au président sud-soudanais Salva Kiir et d'autres fidèles à l'ex-vice président Riek Machar, limogé en juillet.

Puis les combats ont dégénéré, la rébellion menée par M. Machar fédérant désormais une alliance hétéroclite et plus ou moins stable de commandants de l'armée mutins et de milices ethniques.

Le président accuse son rival et ses alliés de tentative de coup d'Etat. Riek Machar dément, accusant Salva Kiir de chercher purement et simplement à éliminer ses rivaux.

La rébellion menée par Riek Machar s'est emparée de Bentiu dès la première semaine des affrontements.

L'Etat d'Unité, qui concentre une large partie des champs pétroliers sud-soudanais, est stratégique. Mais les combats font aussi rage dans d'autres parties du pays, notamment près de Bor, capitale de l'Etat du Jonglei (est), et Malakal, capitale de celle du Haut-Nil (nord-est), lui aussi pétrolier.

Pressions en vue de la libération des détenus

Le gouvernement et les rebelles ont entamé lundi des pourparlers dans la capitale éthiopienne Addis Abeba pour tenter d'instaurer un cessez-le-feu.

Mais ces discussions buttent pour l'instant sur l'éventuelle libération de détenus proches de la rébellion arrêtés aux premiers jours des combats.

La délégation rebelle à Addis Abeba fait de leur libération une précondition au cessez-le-feu, ce que refuse Juba, affirmant qu'ils doivent comme tout accusé passer par le processus judiciaire normal.

Les Etats-Unis, parrains de l'indépendance du Soudan du Sud en 2011 et le principal soutien du jeune pays depuis, ont ouvertement pris position sur la question mercredi, appelant à la libération immédiate des détenus pour qu'ils puissent participer aux pourparlers d'Addis Abeba.

La porte-parole du département d'Etat américain, Jennifer Psaki, s'est malgré tout voulue optimiste sur l'évolution des négociations, faisant état de "progrès".

Le bilan exact du conflit qui sévit depuis plus de trois semaines reste difficile à évaluer. L'ONU estime que plus d'un millier de personnes sont mortes, tandis que d'autres sources humanitaires évoquent déjà des milliers de victimes compte tenu de la violence des combats à Juba les premiers jours, mais aussi des sanglants affrontements qui se poursuivent dans les Etats du Jonglei, du Haut-Nil et d'Unité.

Selon l'ONU, quelque 200.000 personnes ont été déplacées.

Des dizaines de milliers de personnes ont notamment risqué, au péril de leur vie, la traversée du Nil Blanc, infesté de crocodiles, pour fuir les combats à Bor. Réfugiés à environ 25 km plus au sud-ouest, ils ont raconté des scènes d'horreur à une équipe de l'AFP.

"Beaucoup ont été tués dans l'eau", a confié l'un d'eux, Gabriel Bol, en attendant de recevoir de la nourriture et des couvertures distribuées par des agences humanitaires.

"Nous avons flotté en suivant le courant (...) puis nous avons traversé, nageant d'île en île pour nous échapper", a-t-il poursuivi. "Nous sommes venus avec les habits qui nous portions, rien de plus".

Plus de 30.000 personnes ont aussi fui le pays, trouvant notamment refuge en Ouganda.

Des massacres, viols, meurtres à caractère ethnique ont été reportés dans les deux camps, sur lesquels les Nations unies promettent d'enquêter. Car le conflit a pris une dimension tribale, opposant les Dinka de Salva Kiir aux Nuer de Riek Machar.

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