NOUVELLES
09/01/2014 08:18 EST | Actualisé 11/03/2014 05:12 EDT

La justice française se prononce sur l'interdiction des spectacles de Dieudonné

La justice française se prononce jeudi sur l'interdiction dans plusieurs villes du pays, en application d'une circulaire officielle, des spectacles de Dieudonné, un humoriste condamné à de multiples reprises pour antisémitisme et injures raciales.

Une première décision était attendue dans l'après-midi à Nantes (ouest) où le comédien, un métis franco-camerounais de 47 ans, devait donner, dans la soirée, son one-man-show "Le Mur", déjà rodé à Paris, dans lequel il multiplie les charges contre les juifs.

Son avocat, Me Jacques Verdier, a assuré n'avoir "pas de doute" sur le fait que son client serait sur scène à Nantes, première étape d'une tournée à travers la France. Dans sa plaidoirie, il a estimé que le polémiste devait en tout état de cause rester libre de jouer un autre spectacle que celui qui a été interdit.

De leur côté, les avocats de l'Etat ont dénoncé "l'immonde" et "l'indicible" au cours de leur plaidoirie. Dieudonné "a pris ses responsabilités, on n'est plus dans le domaine de l'humour, on ne peut plus se réclamer de la liberté d'expression", a estimé Me Pascale Leglise.

Dans le passé, une quinzaine de municipalités françaises ont tenté d'interdire ses spectacles mais la justice administrative leur avait toujours donné tort, au nom de la liberté d'expression.

Une victoire de Dieudonné constituerait un sérieux revers pour le gouvernement socialiste, en particulier pour le ministre de l'Intérieur Manuel Valls, qui s'est fait fort de "casser" la "mécanique de haine" développée par l'humoriste, de plus en plus populaire sur les réseaux sociaux.

Pour Manuel Valls, les spectacles de Dieudonné "ne relèvent en rien de la création artistique" mais sont des "rassemblements politiques" où il "déverse sa haine" des juifs. Pour justifier leur interdiction, il a invoqué dans sa circulaire le "risque de trouble à l'ordre public" et "l'atteinte au respect de la dignité humaine".

Même si les saillies antisémites et racistes de Dieudonné ont été très largement condamnées dans la classe politique et les médias, l'"interdiction préalable" de ses spectacles, assimilée par certains à une "censure", a suscité débat et malaise en France, y compris au sein des associations antiracistes et de la majorité de gauche.

Prise de risques

En début de semaine, la Ligue des droits de l'homme (LDH) avait estimé qu'une telle décision, "au fondement juridique précaire et au résultat politique incertain", pouvait s'avérer "contre-productive". Manuel Valls "prend le risque de fédérer autour de Dieudonné une sympathie réactionnelle de ceux qui se considèrent opprimés, socialement ou politiquement", avait mis en garde la LDH.

"Le rôle d'un responsable politique public, c'est de prendre des risques", a rétorqué jeudi le ministre, alors que, selon un sondage CSA, seuls 52% des Français sont favorables à l'interdiction et 64% pensent que la mesure ne sera pas efficace pour lutter contre l'antisémitisme.

Plusieurs humoristes ont jugé que l'interdiction était un "cadeau" pour Dieudonné. "Plus il dit des choses que la loi interdit, plus il est populaire", a aussi estimé le politologue Jean-Yves Camus.

A Nantes, plus de 5.500 personnes ont acheté leur place, vendue 43 euros, pour le spectacle de Dieudonné. Et sur les réseaux sociaux, son audience croît au fil de ses dérapages. Près de 500.000 personnes "aiment" sa page Facebook, et certaines de ses vidéos ont été vues plus de deux millions de fois sur internet.

La polémique Dieudonné intervient sur fond de montée de l'extrême droite en France, à trois mois d'échéances électorales. Si la présidente du Front national Marine Le Pen a pris ses distances avec le polémiste en se disant "choquée" par certains de ses propos, son père Jean-Marie Le Pen est le parrain d'un des enfants de Dieudonné.

Outre Nantes, plusieurs autres spectacles ont été annulés en France par les autorités locales, et le tribunal administratif d'Orléans (centre) doit aussi se prononcer jeudi après des recours déposés par Dieudonné et par un spectateur.

Les avocats de Dieudonné ont aussi saisi mardi la Cour de justice de la République pour des "accusations attentatoires à l'honneur et à la considération", formulées par le ministre de l'Intérieur à son encontre, ont-ils affirmé, sans préciser lesquelles.

Par ailleurs, une enquête préliminaire visant Dieudonné est ouverte depuis près d'un an à Chartres (centre-ouest) pour "blanchiment" et "organisation frauduleuse d'insolvabilité".

bur-phs-axt/bar/alc/blb/mr