NOUVELLES
09/01/2014 08:44 EST | Actualisé 11/03/2014 05:12 EDT

Irak: Maliki face à la montée en puissance des jihadistes à 3 mois des élections

Avec la montée en puissance des jihadistes et leur volonté affichée de conquérir des territoires, le Premier ministre irakien Nouri al-Maliki fait face, à trois mois des élections, au plus grand défi de son mandat en huit ans de pouvoir.

Ces élections vont se dérouler dans un climat de violences sans précédent -le nombre de victimes ayant atteint les pics enregistrés lors du conflit confessionnel de 2006-2007- alimentées par des accusations contre M. Maliki, un chiite, d'accaparer le pouvoir et de marginaliser les sunnites.

Mais, selon les experts, le Premier ministre, âgé de 64 ans, pourrait obtenir un troisième mandat de quatre ans s'il parvient à rétablir la sécurité dans la province d'Al-Anbar, un bastion sunnite où des tribus et des groupes jihadistes ont pris le contrôle de zones urbaines.

"M. Maliki fait face à son plus grand défi depuis 2006 car la question de Fallouja est liée à celle du terrorisme, un dossier bien plus important que celui des services" aux citoyens, que le gouvernement n'a pas réussi à faire avancer, souligne le politologue Ihsane al-Chamari de l'Université de Bagdad.

Selon lui, "le plus grand défi est l'Etat islamique en Irak et au Levant" (EIIL), un groupe extrémiste sunnite lié à Al-Qaïda actif en Syrie et en Irak où il occupe depuis samedi la ville de Fallouja, située à seulement 60 km à l'ouest de Bagdad.

"Si Maliki réussit à contrôler la situation, Fallouja lui servira de Cheval de Troie pour les élections" prévues en avril, ajoute l'expert.

Jeudi, les forces gouvernementales n'avaient toujours pas donné l'assaut sur Fallouja -qui fut un haut lieu de l'insurrection après l'invasion américaine de 2003-, cinq jours après qu'elle soit tombée aux mains de l'EIIL et de combattants tribaux.

Craignant de lourdes pertes parmi les civils en cas d'attaque, M. Maliki, commandant en chef des armées, a préféré appeler les tribus sunnites locales à chasser les insurgés.

Ceux-ci ont pris le contrôle de Fallouja à la suite de violences provoquées le 30 décembre par le démantèlement d'un camp de protestataires anti-gouvernementaux établi depuis un an près de Ramadi, chef-lieu d'Al-Anbar. Les insurgés se sont aussi emparés de certains secteurs de Ramadi.

Mais la chute de Fallouja revêt une importance symbolique, les forces américaines y ayant subi de lourdes pertes lors de deux batailles en 2004.

"Lancer des opérations militaires sans coordination avec la population locale serait catastrophique, car il y a dans la ville des combattants aguerris entraînés au combat de rue", relève Issam al-Fili, professeur de Sciences politiques à l'Université Al-Moustansiriyya.

En cas de succès à Fallouja, M. Maliki pourrait se servir de cette victoire comme il l'avait déjà fait avec son combat au printemps 2008 contre les milices chiites dans le centre et le sud du pays, notamment à Bassora.

Mais il avait alors bénéficié du soutien direct des forces américaines qui depuis se sont retirées d'Irak et faisait face à des milices de sa propre communauté.

Selon certains experts, le Premier ministre ne souhaite pas, du moins pour le moment, intervenir à Fallouja pour ne pas provoquer encore plus la colère de la communauté sunnite.

M. Maliki, qui s'était réfugié en Iran en 1980 pour échapper à une exécution par le régime de Saddam Hussein, bénéficie toujours du soutien des Etats-Unis qui font pression pour que le Premier ministre agisse pour mettre fin aux violences et parvenir à un règlement politique avec la communauté sunnite.

Lundi Washington a ainsi indiqué que les Etats-Unis avaient décidé d'accélérer les livraisons de missiles et de drones de surveillance à l'Irak pour aider le gouvernement à combattre les insurgés liés à Al-Qaïda.

"Cet appui représente un message fort pour les détracteurs de M. Maliki, en particulier les Arabes sunnites", estime Hamid Fadel, politologue de l'Université de Bagdad.

La colère des sunnites a été un facteur clé dans la recrudescence des violences en Irak, qui ont tué 9.475 civils tués en 2013 selon l'ONG Iraq Body Count.

mah/feb/sw