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08/01/2014 06:07 EST | Actualisé 10/03/2014 05:12 EDT

Mont Kaaikop : les scies à chaînes attendront encore

Il faudra patienter encore jusqu'au 17 janvier prochain, et peut-être plus tard, avant de savoir s'il y aura ou non des coupes forestières qui seront réalisées sur le mont Kaaikop, une montagne située dans les Laurentides, à une centaine de kilomètres au nord de Montréal, près de Saint Donat.

Un texte de Normand Grondin

La demande d'injonction faite par le Comité de préservation du mont Kaaikop pour obtenir un moratoire d'un an sur les coupes a en effet été remise au 17 janvier prochain par un juge de la Cour du Québec, à Montréal.

La bataille pour préserver le caractère sauvage de la montagne commence donc à ressembler à un long feuilleton qui met aux prises pas moins de trois ministères, deux scieries et un regroupement d'environnementalistes, de citoyens, de municipalités et d'organismes de ce secteur des Laurentides en plus de représentants des Mohawks de Kahnawake, qui possèdent un territoire de chasse tout juste au sud du mont Kaaikop.

L'été dernier, les citoyens du secteur ont d'abord appris à la dernière minute que le ministère des Ressources naturelles (MRN) avait octroyé un an plus tôt un droit de coupe à deux entreprises de la région, Scierie Carrière et le Groupe Crête. En principe, le sommet et un flanc complet du mont Kaaikop devaient subir des coupes de bois sévères, qui auraient, selon les opposants, contribué à défigurer la montagne et à causer des dommages environnementaux importants à l'écosystème du secteur.

Après discussions, le MRN a accepté de réduire les coupes de moitié.

Insatisfaits, les opposants ont réclamé un moratoire d'un an afin de réaliser une étude environnementale complète du secteur touché. Un comité de médiation mis sur pied pour entendre leurs doléances - une procédure obligatoire depuis que le nouveau régime forestier est en place - a rejeté leur demande en décembre dernier. Les opposants ont donc choisi de prendre la voie des tribunaux puisque le ministère, même s'il avait accordé les droits de coupe, n'avait pas encore décerné aux deux scieries concernées de permis pour réaliser ces coupes.

Même si la décision finale dans ce dossier n'est pas encore prise, Claude Samson, membre de la Coalition pour la préservation du mont Kaaikop, se dit « amèrement déçu » de la stratégie du MNR. « Le ministère réalise sa planification comme il le faisait avant la nouvelle loi. Je pense que c'est encore l'intérêt économique à court terme qui prime. On n'a pas regardé à fond ce que la coalition a présenté comme documentation, comme contestation de ce plan de coupe, et notre vision de développement durable à long terme pour la région ».

L'avocate qui représente le MRN, Me Stéphanie Garon, a pour sa part réitéré la volonté du ministère de procéder aux coupes le plus rapidement possible, entre autres « parce qu'elles doivent être réalisées durant les gels hivernaux et qu'un retard représente des pertes financières pour les entreprises concernées ».

Rappelons que le MRN est lié par contrat aux deux scieries et que s'il n'accorde pas de permis de coupe, celles-ci pourraient lui réclamer une compensation financière. Pour certains experts, la « bataille » du mont Kaaikop représente également un test important pour le nouveau régime forestier qui a promis de mettre les citoyens au cœur des réformes sur l'utilisation de la forêt publique.

Si le test des tribunaux échoue, la Coalition pour la préservation du mont Kaaikop songe déjà à transporter le débat dans l'arène politique.