NOUVELLES
08/01/2014 05:10 EST | Actualisé 09/03/2014 05:12 EDT

L'excédent commercial de l'Allemagne augmente, prêtant le flanc à la critique des USA

L'excédent commercial de l'Allemagne, est reparti à la hausse en novembre, ce qui devrait donner du grain à moudre au secrétaire américain au Trésor Jack Lew, en visite mercredi à Berlin pour prôner des mesures de soutien à la consommation.

Atteignant 17,8 milliards d'euros, l'excédent commercial de la première économie européenne a gagné plus d'un milliard par rapport à octobre, en données corrigées des variations saisonnières. Cela s'explique essentiellement par un repli de 1,1% des importations, sans grande surprise après le bond de 3% enregistré en octobre, mais aussi par une nouvelle progression des exportations, de 0,3%.

"Cet excédent commercial est l'un des plus importants depuis que de tels chiffres sont publiés, à savoir 1990", souligne Chris Williamson, économiste au cabinet Markit, estimant que cela "va probablement accroître la pression politique sur l'Allemagne pour rééquilibrer son économie".

Hasard du calendrier, cette publication intervient le jour de la visite à Berlin du secrétaire américain du Trésor, Jack Lew, qui ne devrait pas manquer d'aborder la question face à son homologue allemand, Wolfgang Schäuble.

Venu en Europe pour réclamer outre des efforts pour redynamiser l'économie du Vieux continent, plus de soutien à la demande, conformément au discours tenu depuis des mois, M. Lew devrait réclamer aussi de rééquilibrer cette demande, un message clairement adressé à l'Allemagne et à ses excédents commerciaux.

Déjà fin octobre, un rapport du Trésor américain avait fustigé "la dépendance envers les exportations" de l'Allemagne et sa demande intérieure "anémique". La Commission européenne avait emboîté le pas en ouvrant une enquête sur les excédents des comptes courants allemands.

Appel du pied français

Mardi, à Paris où Jack Lew a démarré sa visite européenne, son homologue français Pierre Moscovici n'a pas manqué de s'engouffrer dans la brèche, en appelant les "États qui ont de forts excédents courants", à "soutenir leur demande intérieure avec davantage d'investissements".

Berlin a toujours rejeté ces reproches avec véhémence. Non seulement, le gouvernement allemand juge que ses exportations ne sont pas pénalisantes pour ses voisins mais il rappelle régulièrement que la croissance de son économie est de plus en plus tirée par sa demande intérieure et ses investissements.

D'ailleurs, pour Christian Schulz, économiste chez Berenberg, Jack Lew "devrait trouver peu à critiquer" dans les chiffres publiés mercredi.

Certes "l'Allemagne a accumulé un excédent commercial de 184 milliards d'euros sur les onze premiers mois de 2013, mais seulement un milliard provient de ses échanges avec ses partenaires de la zone euro, ses exportations y baissant plus vite que ses importations", écrit l'économiste.

Au final, il s'attend à ce que "la forte demande intérieure en Allemagne stimule les importations davantage que la demande mondiale ne tirera les exportations".

La visite de Jack Lew, qui doit achever sa tournée européenne mercredi après-midi à Lisbonne, devrait aussi être l'occasion pour l'Américain de se pencher sur les mesures prévues par le nouveau gouvernement d'Angela Merkel, où les conservateurs doivent cohabiter avec les sociaux-démocrates. L'amélioration de certaines retraites et la mise en place progressive d'un salaire minimum généralisé pourraient gonfler la consommation mais à la marge, voire pas du tout de l'avis des économistes.

Les données brutes de l'excédent commercial (18,1 milliard d'euros), davantage mises en avant dans le débat public, montre que l'Allemagne a limité ses échanges avec les pays de la zone euro, avec une quasi-stabilité des exportations sur un an et un recul de 1% des importations. En revanche, avec le reste du Vieux continent, les exportations ont augmenté de 4,9% et les importations de 2,1%.

Mais, "la hausse des exportations allemandes, en particulier vers les pays hors zone euro, aide à stimuler l'activité d'entreprises de la zone euro qui sont des fournisseurs de groupes allemands", argumente Chris Williamson, de chez Markit.

maj/oaa/fw