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08/01/2014 09:28 EST | Actualisé 10/03/2014 05:12 EDT

L'ex-policier Roberge renonce à son enquête sur remise en liberté pour l'instant

MONTRÉAL - L'ex-policier Benoît Roberge, accusé d'avoir vendu des renseignements aux Hells Angels alors qu'il oeuvrait au Service de police de la ville de Montréal (SPVM), a renoncé mercredi à son enquête sur remise en liberté provisoire.

Benoît Roberge, qui est demeuré impassible lors de sa brève comparution dans la cage de verre d'une des salles à sécurité maximum du Palais de justice de Montréal, l'a confirmé de vive voix devant le tribunal.

Le juge Robert Marchi a donc aussitôt ordonné sa détention pour la suite des procédures, à moins que des faits nouveaux à l'issue de son enquête préliminaire ne justifient une nouvelle demande de remise en liberté.

Son avocat, Me Richard Perras, n'a d'ailleurs pas caché que c'était là son intention, disant vouloir attendre que la Couronne ait ouvert davantage son jeu.

«On préfère faire la demande de remise en liberté sur la base d'une preuve qui aura été 'testée' un peu, plutôt que sur la base d'une preuve annoncée», a-t-il déclaré à l'issue de l'audience.

Le porte-parole du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP), Me Jean-Pascal Boucher, a pour sa part confirmé qu'une nouvelle demande de libération conditionnelle demeurait à la portée de l'accusé.

«Il y a une possibilité, si des faits nouveaux survenaient, d'une réévaluation, mais on n'en est pas à cette étape-là présentement parce qu'il y a une renonciation formelle à la remise en liberté. Donc, il va demeurer détenu pour la suite des procédures», a rappelé Me Boucher.

La suite des procédures a été fixée au 23 janvier, alors que le juge Marchi se penchera sur certains préparatifs en vue de l'enquête préliminaire de l'ex-policier.

«Il va être à même d'entendre les discussions avec les avocats, question de déterminer s'il y a des admissions possibles et s'il y a lieu, de faciliter le processus de l'enquête préliminaire qui va avoir lieu et de la date qu'on pourra convenir avec l'ensemble des parties», a expliqué Me Boucher.

Le juge Marchi entendra également une requête présentée par la défense mercredi visant l'ouverture de certains éléments de preuve qui sont présentement sous scellé.

Me Perras a indiqué que l'on cherchait surtout à en savoir davantage sur l'écoute électronique dont son client a été l'objet. «Il y a eu une écoute électronique d'urgence. Nous voulons avoir les motifs qui ont mené à cette autorisation d'écoute», a-t-il indiqué.

Mercredi, le magistrat a par ailleurs accédé à une première requête de Benoît Roberge, soit la remise de certains biens saisis lors de la perquisition de son domicile, notamment des ordinateurs appartenant à sa conjointe et à sa fille.

Benoît Roberge fait face à quatre accusations, dont deux liées au gangstérisme, une d'abus de confiance et une autre de tentative d'entrave à la justice. Les faits qui lui sont reprochés seraient survenus entre janvier 2010 et octobre dernier, juste avant son arrestation.

Il est détenu depuis, une situation qui ne représente jamais une partie de plaisir pour un policier, a indiqué son avocat. «C'est toujours plus difficile pour un policier en détention que pour un habitué du milieu qu'on y retrouve. Il est dans un secteur où la protection est un peu plus assurée qu'ailleurs», a raconté Me Perras.

Benoît Roberge a oeuvré pendant plus d'une dizaine d'années pour le SPVM au sein d'escouades spécialisées dans la lutte contre le crime organisé, où il avait atteint le rang de sergent-détective et était considéré comme un enquêteur de premier ordre.

Il avait récemment pris sa retraite du SPVM et occupait, depuis le mois de mars 2013, le poste de chef du service du renseignement à Revenu Québec, qui l'a remercié au début de novembre.

Sa situation a posé quelques problèmes; il a notamment dû changer d'avocat à cinq reprises en raison de conflits d'intérêts potentiels étant donné l'implication de nombreux criminalistes dans des causes où l'accusé avait agi comme enquêteur dans le passé.

De plus, le DPCP a dû affecter deux procureurs de la région de Québec au dossier, Me Paul Roy et Me Maxime Chevalier, une décision rendue nécessaire parce que la conjointe de Benoît Roberge, Me Nancy Potvin, est procureure de la Couronne dans le district de Montréal, ce qui aurait pu créer un malaise si des procureurs oeuvrant dans le même bureau qu'elle avaient été chargés de poursuivre l'ex-policier.

Lors de sa dernière comparution, Richard Perras avait indiqué au tribunal que son client réclamerait un procès devant juge et jury.