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08/01/2014 09:36 EST | Actualisé 10/03/2014 05:12 EDT

Les USA attendent toujours plus de consommation de l'Allemagne

En visite à Berlin, le secrétaire américain au Trésor Jack Lew a réitéré ses appels à davantage d'investissements et de consommation de la part de l'Allemagne, dont l'excédent commercial est reparti à la hausse en novembre.

"Nous pensons que les politiques promouvant davantage d'investissements et de demande intérieure seraient bonnes pour l'économie allemande et l'économie mondiale", a déclaré Jack Lew, lors d'un point presse avec son homologue allemand, Wolfgang Schäuble.

Sans déroger au discours tenu depuis plusieurs mois à l'égard des pays en excédent commercial, le responsable américain, en fonction depuis tout juste un an, a évité de viser l'Allemagne trop spécifiquement et s'est montré des plus modérés dans ses propos. Fin octobre, un rapport moins policé émanant de ses services fustigeait "la croissance anémique de la demande intérieure" de la première économie européenne et "sa dépendance envers les exportations", source de "déséquilibre".

Pourtant, les chiffres de la balance commerciale allemande dévoilés mercredi matin auraient pu fournir des arguments au secrétaire au Trésor. En effet, l'excédent commercial de la première économie européenne a augmenté à 17,8 milliards d'euros, avec une baisse des importations et une progression des exportations.

"Cet excédent commercial est l'un des plus importants depuis que de tels chiffres sont publiés, à savoir 1990", souligne Chris Williamson, économiste au cabinet Markit, estimant que cela "va probablement accroître la pression politique sur l'Allemagne pour rééquilibrer son économie".

La Commission européenne avait ouvert en novembre une enquête sur les excédents des comptes courants allemands.

Assurant que le but commun de l'Allemagne et des Etats-Unis était "croissance et réformes", Jack Lew s'est contenté d'affirmer qu'il était "très important de trouver le bon équilibre".

Pas d'excédent allemand en zone euro

Mardi, à Paris où Jack Lew a démarré sa visite européenne, son homologue français Pierre Moscovici avait appelé les "États qui ont de forts excédents courants" à "soutenir leur demande intérieure avec davantage d'investissements".

Mais Berlin continue de rejeter ces reproches avec véhémence. "Au sein de la zone euro, il n'y a pas d'excédent allemand, donc nous apportons notre contribution à une situation équilibrée, d'autant qu'en plus, il est vraiment incontestable que la croissance allemande est tirée par la demande intérieure", a pointé mercredi Wolfgang Schäuble.

Economiste chez Berenberg, Christian Schulz, avait anticipé que Jack Lew "devrait trouver peu à critiquer" dans les chiffres du commerce extérieur allemand publiés mercredi.

Certes "l'Allemagne a accumulé un excédent commercial de 184 milliards d'euros sur les onze premiers mois de 2013, mais seulement un milliard provient de ses échanges avec ses partenaires de la zone euro, ses exportations y baissant plus vite que ses importations", expliquait l'économiste dans une note publiée dans la matinée.

Les données brutes de l'excédent commercial (18,1 milliards d'euros), davantage mises en avant dans le débat public, montrent que l'Allemagne a limité ses échanges avec les pays de la zone euro, avec une quasi-stabilité des exportations sur un an et un recul de 1% des importations. En revanche, avec le reste du Vieux continent, les exportations ont augmenté de 4,9% et les importations de 2,1%.

Mais, "la hausse des exportations allemandes, en particulier vers les pays hors zone euro, aide à stimuler l'activité d'entreprises de la zone euro qui sont des fournisseurs de groupes allemands", argumente Chris Williamson, de chez Markit.

Jack Lew, qui doit achever sa tournée européenne mercredi après-midi à Lisbonne, a conclu sa conférence de presse en donnant un satisfecit aux récentes orientations politiques du nouveau gouvernement d'Angela Merkel, où conservateurs et sociaux-démocrates doivent cohabiter. Les investissements dans les infrastructures et la mise en place progressive d'un salaire minimum généralisé "sont conformes à notre approche" de soutien de la demande intérieure, a-t-il dit.

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