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08/01/2014 11:18 EST | Actualisé 10/03/2014 05:12 EDT

France: Dieudonné, un des meilleurs comiques devenu provocateur antisémite

Naguère considéré comme l'un des meilleurs comiques de sa génération, Dieudonné dont le spectacle jugé antisémite a été interdit dans plusieurs villes de France a basculé il y a dix ans dans un univers où se côtoient négationnistes et extrémistes.

Cette métamorphose apparaît au grand jour à la télévision, en 2003, quand l'humoriste conclut par un salut nazi un sketch raté pour lequel il s'était déguisé en juif extrémiste. Ce dérapage provoque une tempête de réactions et de plaintes.

"Sans cette campagne virulente contre lui, Dieudonné ne se serait pas engagé dans ce cycle de contestation", assure Pierre Panet, un proche de l'artiste. "Dieudo ne pouvait pas désarmer. Il fonctionne comme ça : puisque vous m'avez cherché, vous allez me trouver".

"La seule passion qui l'anime, ce n'est pas la haine du juif, c'est l'amour de soi", dit de Dieudonné un homme qui a récemment travaillé avec lui avant de couper les ponts. "Ce qu'il dit encourage l'antisémitisme mais lui ne dit ça que pour exister, c'est le chef d'une secte", assène-t-il.

Dieudonné M'bala M'bala, 47 ans, est né dans la région parisienne d'un père camerounais expert-comptable et d'une mère française sociologue.

De son enfance, il se souvient du racisme. "Ma grand-mère maternelle nous était hostile et a fini par nous accepter", expliquait-il en 2001, ajoutant que ses camarades d'école "s'amusaient à l'appeler Bamboula".

Il rencontre au lycée Elie Semoun, un humoriste d'origine juive avec lequel il se produit. Dans les années 90, le duo connaît un rapide succès. Ses pairs reconnaissent son talent, de Guy Bedos, qui le trouve "très doué et très drôle", à Jamel Debbouze, qui le qualifie de "meilleur d'entre nous".

Mais une réputation d'homme susceptible et cupide lui vaut des inimitiés. L'argent a été "une source de fâcheries avec beaucoup de nos amis", a confié Elie Semoun.

Progressivement, son discours se fait politique. Un "déclic" qu'il situe en 1995 après le meurtre d'un Français d'origine comorienne par des militants d'extrême droite. En 1997, il se présente à une élection législative face au Front national (extrême droite) et recueille 7,74%. Il veut même se présenter à la présidentielle de 2002, mais renonce finalement faute de parrainages.

"Respect" pour Ben Laden

Entre-temps, des propos dans la presse choquent : en 2002, il dit des "juifs" qu'ils forment une "secte, une escroquerie", de Ben Laden qu'il "inspire le respect".

Il cultive des amitiés particulières : avec le négationniste Robert Faurisson, l'essayiste d'extrême droite Alain Soral, le Vénézuélien "Carlos" condamné à la perpétuité pour des attentats à Paris, ou encore l'ancien chef d'État iranien Mahmoud Ahmadinejad (Téhéran a cofinancé son film, L'antisémite).

Le fondateur du Front national Jean-Marie Le Pen devient en 2008 le parrain de son troisième enfant, et, l'année suivante, Dieudonné conduit une liste antisioniste aux élections européennes.

C'est à cette occasion qu'il inaugure la "quenelle", un geste vu par certains comme un geste de dénonciation du système, par d'autres comme un salut nazi inversé, qui est devenu le symbole de la "Dieudosphère" - bras et main tendus vers le sol, l'autre bras replié touchant l'épaule.

Le footballeur Anelka, proche de Dieudonné, a ainsi récemment fêté un but en championnat d'Angleterre par une "quenelle", suscitant une nouvelle polémique.

Il y a aussi tous ses fans anonymes qui remplissent les salles et se jettent sur ses vidéos. 490.000 personnes "aiment" sa page Facebook. Il a gagné 50.000 "like" en une semaine depuis que le ministre de l'Intérieur veut l'interdire. Sa réponse à Manuel Valls sur Youtube a été vue trois millions de fois.

Condamné neuf fois pour ses dérapages verbaux, Dieudonné refuse de payer ses 65.000 euros d'amendes et risque théoriquement la prison.

La justice enquête depuis près d'un an sur des mouvements financiers suspects autour de ses comptes et le soupçonne, via ses proches, de blanchir son argent en l'expédiant au Cameroun.

"Vous êtes en train de le crucifier et vous croyez qu'il ne va pas répondre ?", dit son ami Kémi Séba, fondateur de la Tribu K, un groupe noir ultra-radical dissous en 2006, lui-même condamné pour diffusion de propos antisémites. "Il est dans une logique d'escalade", assure-t-il.

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