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08/01/2014 07:31 EST | Actualisé 10/03/2014 05:12 EDT

Des habitants de l'ouest de l'Irak fuient les combats pour se réfugier plus au sud

Un flot continu de familles d'Al-Anbar, à l'ouest de Bagdad, arrive à un barrage dans la province voisine de Kerbala. Leur objectif: se mettre à l'abri des combats qui font rage entre hommes armés et forces gouvernementales à Ramadi et Fallouja.

Selon le Croissant Rouge irakien, plus de 13.000 familles ont fui ces derniers jours Fallouja (60 km à l'ouest de Bagdad), dont les forces gouvernementales ont perdu la semaine passée le contrôle au profit de combattants de l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL), un groupe lié à Al-Qaïda, et de membres de tribus hostiles au gouvernement.

Plusieurs quartiers de Ramadi, plus à l'ouest, ont également été capturés par l'EIIL.

Plusieurs dizaines de familles sont arrivées à Aïn Tamr, majoritairement en provenance de Fallouja, une ville sunnite comme Ramadi.

A Aïn Tamr, à 40 km au sud de Fallouja, les autorités n'ont pas lésiné sur la sécurité pour barrer le chemin à d'éventuels insurgés sunnites voulant pénétrer dans la province à majorité chiite de Kerbala, où cette communauté est régulièrement la cible d'attaques.

Le barrage dans la ville ressemble à un poste-frontière, avec policiers, soldats et véhicules blindés.

Hussein Aleiwi, qui travaille dans un restaurant de Ramadi, vient d'arriver avec une vingtaine de membres de sa famille, dont des enfants.

"Le seul choix qui nous restait était de fuir. On craignait que nos enfants et nos femmes se fassent tuer dans les combats continus et les tirs au mortier", dit cet homme de 38 ans.

"La ville souffre d'un manque de sécurité, de carburant, d'électricité et la plupart des commerces sont fermés", explique M. Aleiwi, sa fille dans les bras.

La peur et la fatigue se lisent sur les visages de ses proches alors qu'ils attendent un camion pour les conduire dans la maison d'un proche à Aïn Tamr.

Les combats ont éclaté à Ramadi la semaine dernière après le démantèlement d'un camp de protestataires anti-gouvernementaux présenté par le gouvernement comme un "repaire d'Al-Qaïda". Les violences se sont rapidement propagées à Fallouja et ont fait au total plus de 250 morts selon un décompte de l'AFP basé sur des sources officielles et médicales.

C'est la première fois depuis l'insurrection ayant suivi l'invasion américaine de 2003 que des militants d'Al-Qaïda, qui sont parallèlement devenus une force majeure dans le conflit en Syrie voisine, prennent ouvertement le contrôle de zones urbaines en Irak.

'Tireurs d'Al-Qaïda sur les toits'

"Il y a des tireurs embusqués d'Al-Qaïda (...) sur les toits, ils tuent tout le monde, soldats et civils, sans distinction", indique Mokhles Abbas, un habitant de Fallouja de 76 ans.

"Aucune école et aucun service administratif ne fonctionne, et toutes les écoles sont fermées", raconte Faleh Aidan, 55 ans, employé au ministère de l'Agriculture, qui a fui cette même ville.

Raed al-Machhadani, le maire de Aïn Tamr, explique à l'AFP que les autorités locales travaillent avec le Croissant Rouge irakien et l'Organisation internationale pour les Migrations, afin de fournir aux familles une aide, dont du carburant et de la nourriture.

Après 2003, la province d'Al-Anbar, dont Ramadi est le chef-lieu, a été un haut lieu de l'insurrection dirigée contre les Etats-Unis et les forces américaines ont subi de lourdes pertes lors de deux assauts majeurs contre les insurgés à Fallouja.

Les forces américaines et irakiennes avaient repris le contrôle d'Al-Anbar, notamment après avoir obtenu le ralliement de tribus sunnites à partir de la fin 2006.

Mais les fidèles d'Al-Qaïda sont revenus en force, en s'appuyant sur leur présence en Syrie et sur le mécontentement croissant de la minorité sunnite, qui accuse le Premier ministre Nouri al-Maliki, un chiite, d'accaparer le pouvoir et de stigmatiser les sunnites.

Devant une bibliothèque d'Aïn Tamr, les nouveaux arrivants s'enregistrent et reçoivent de l'aide, sous l'oeil des représentants d'ONG et de responsables locaux.

Abbas Razzaq, arrivé avec sa femme et ses quatre enfants quatre jours plus tôt, est soulagé d'être loin des combats.

"Nous avons l'impression d'être parmi notre peuple, nos frères. Nous sommes tous de la même famille ici, il n'y a pas de différence entre sunnites et chiites".

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