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08/01/2014 10:35 EST | Actualisé 10/03/2014 05:12 EDT

Allemagne: Non-lieu pour un ancien SS nonagénaire accusé d'assassinat

La justice allemande a prononcé mercredi un non-lieu pour un ancien SS de 92 ans, Siert Bruins, qui était accusé d'avoir assassiné un résistant néerlandais aux Pays-Bas, près de soixante-dix ans après les faits.

"L'action judiciaire est abandonnée", a annoncé la présidente de la Cour, Heike Hartmann-Garschagen.

Le tribunal de grande instance de Hagen (ouest) a justifié sa décision par l'impossibilité d'étayer la qualification retenue d'"assassinat", imprescriptible en droit allemand, en raison notamment de l'absence de témoins encore en vie.

Les éléments présentés lors des audiences auraient éventuellement pu suffire pour une accusation de meurtre, mais ce crime est, lui, couvert par la prescription.

"Nous aurions aimé pouvoir interroger les témoins", a souligné la juge.

"Mais on ne peut plus interroger personne, rien ne peut plus être élucidé", a-t-elle ajouté.

Allemand d'origine néerlandaise, Siert Bruins faisait partie des derniers criminels nazis présumés rattrapés par la justice allemande.

Même s'il n'a pas été à proprement parler innocenté, il a pu ressortir libre du tribunal après quelque quatre mois de procès.

Ce nonagénaire était accusé d'avoir commis le crime en septembre 1944 avec un complice, mort entre-temps, quand ils étaient stationnés à un poste-frontière entre l'Allemagne et les Pays-Bas.

Le Parquet avait requis une peine de prison à vie. Son représentant, Andreas Brendel, a toutefois indiqué à l'AFP qu'il allait réfléchir avec son équipe à un appel.

Dans la nuit du 21 au 22 septembre 1944, près de Delfzijl (nord des Pays-Bas), Siert Bruins et son complice auraient tiré quatre fois dans le dos du résistant Aldert Klaas Dijkema, qui selon eux "s'enfuyait". La victime mourut peu de temps après.

En 2012, Siert Bruins, avait reconnu avoir été présent au moment des faits, mais avait accusé son complice d'avoir tiré.

Après l'effondrement du IIIe Reich, Siert Bruins avait été condamné à mort par contumace aux Pays-Bas en avril 1949 pour avoir participé à trois assassinats, dont celui du résistant Dijkema. Cette peine avait ensuite été commuée en prison à vie.

Mais les autorités néerlandaises ne parvinrent pas à arrêter Bruins qui avait fui en Allemagne. Une demande d'extradition en 1978 est restée vaine, l'Allemagne n'extradant pas ses ressortissants.

Or Bruins avait bénéficié du "décret du Führer" de mai 1943, qui conférait la citoyenneté allemande aux étrangers servant les nazis.

En février 1980, Bruins avait toutefois été rattrapé par la justice allemande: il avait été condamné par le tribunal de Hagen --le même qui le juge aujourd'hui-- à sept ans de prison ferme pour complicité d'assassinat de deux frères juifs, en avril 1945 près de Delfzijl.

Ce cas de justice tardive illustre la difficulté qu'a eu l'Allemagne à se confronter aux crimes du nazisme jusqu'à une période récente.

yap-hap/ai