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07/01/2014 07:24 EST | Actualisé 09/03/2014 05:12 EDT

Thaïlande: des centaines d'élus vont être inculpés par la commission anti-corruption

La commission nationale anti-corruption (NACC) thaïlandaise a annoncé mardi qu'elle allait poursuivre des centaines d'élus, la plupart du parti au pouvoir, en raison de leur tentative ratée de réformer la Constitution.

Cette décision ajoute à l'incertitude dans un royaume secoué depuis plus de deux mois par une crise politique qui a déjà fait huit morts.

La Première ministre Yingluck Shinawatra, dont les manifestants réclament le départ, a convoqué des législatives anticipées pour le 2 février pour tenter de sortir de l'impasse, mais le principal parti d'opposition, le Parti démocrate, a annoncé leur boycott.

La NACC, dont le mandat inclut les possibles abus de pouvoir, a blanchi mardi 73 hommes politiques, dont Yingluck.

Mais 308 autres élus des chambres haute et basse du parlement ont, selon son enquête préliminaire, violé la loi en proposant ou rédigeant des amendements à la Constitution qui auraient fait du sénat une assemblée intégralement élue et non plus en partie nommée, a indiqué à la presse Vicha Mahakun, porte-parole de la Commission.

S'ils étaient reconnus coupables, leurs dossiers seraient transférés au sénat, qui a le pouvoir de les interdire de politique pour cinq ans.

Les partisans de Yingluck estiment que cette affaire est l'une des manoeuvres judiciaires visant à chasser son parti, le Puea Thai, du pouvoir.

Les opposants au gouvernement accusent Yingluck d'être la marionnette de son frère Thaksin, qu'ils haïssent, et veulent se débarrasser de ce qu'ils appellent le "système Thaksin".

L'ancien Premier ministre, renversé par un coup d'Etat en 2006, reste malgré son exil le personnage le plus aimé et le plus détesté du royaume, divisant le pays entre masses rurales et urbaines défavorisées du Nord et du Nord-Est, qui l'adorent, et les élites de Bangkok qui le voient comme une menace pour la monarchie.

Les manifestants, qui veulent remplacer le gouvernement par un "conseil du peuple" non élu, ont promis de totalement bloquer Bangkok à partir du 13 janvier et d'empêcher les élections de février.

La justice a joué un rôle important dans l'histoire politique du pays depuis le coup d'Etat de 2006, chassant notamment du pouvoir deux Premiers ministres pro-Thaksin et dissolvant les deux prédécesseurs du Puea Thai.

Et le camp de Yingluck craint que son parti ne soit à nouveau victime d'un coup d'Etat judiciaire, ou militaire.

La réforme proposée du sénat aurait provoqué un retour à sa structure d'avant le putsch, une situation que les élites veulent éviter, selon les observateurs, pour limiter la domination électorale des pro-Thaksin, qui ont gagné toutes les législatives depuis plus de dix ans.

Le porte-parole adjoint du Puea Thai Anusorn Iamsa-ard a souligné que les élus en cause n'avaient fait que leur devoir.

"Ils étaient députés et leur travail était de faire des lois", a-t-il déclaré, notant que la plupart étaient candidats aux prochaines élections.

Alors que le puissant chef de l'armée de terre a refusé d'exclure un coup d'Etat militaire, les "chemises rouges" fidèles à Thaksin ont de leur côté mis en garde contre une telle répétition de l'histoire.

"Si un coup d'Etat a lieu, les chemises rouges et tous les gens aimant la démocratie riposteront et la Thaïlande ne sera plus jamais la même", a déclaré mardi l'un de leurs leaders, Jatuporn Prompan.

La crise actuelle est la pire depuis 2010, lorsque jusqu'à 100.000 rouges avaient occupé le centre de Bangkok pendant deux mois pour réclamer la chute du gouvernement Démocrate de l'époque, avant un assaut de l'armée (90 morts, 1.900 blessés).

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