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07/01/2014 08:27 EST | Actualisé 09/03/2014 05:12 EDT

Nouvelle purge du gouvernement turc dans la police, la justice résiste

Le gouvernement islamo-conservateur turc a conduit mardi une nouvelle purge de grande ampleur dans la police, accusée de jouer contre lui dans le scandale de corruption qui l'éclabousse, sur fond de bras de fer continu avec l'institution judiciaire.

Trois semaines après le raid anticorruption à l'origine de cette crise politique sans précédent, le nouveau ministre de l'Intérieur Efkan Ala a démis de leurs fonctions pas moins de 350 policiers basés à Ankara, dont les patrons des services en charge de la lutte contre les crimes financiers et le crime organisé.

Cette nouvelle charrette de sanctions porte à près de 600, selon le décompte des médias turcs, le nombre de hauts gradés ou de simples officiers des forces de l'ordre brutalement mutés depuis le début du scandale le 17 décembre.

En plus de ce nettoyage en règle de la hiérarchie policière, le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan a également lancé, sanctions à l'appui, une vaste opération de reprise en main de la justice, elle aussi accusée de participer à un "complot" contre lui à trois mois des élections municipales du 30 mars.

L'une des principales institutions judiciaires du pays, le Haut-conseil des juges et procureurs (HSKY), a lancé mardi une nouvelle pierre dans le jardin du gouvernement.

Après avoir publiquement dénoncé les "pressions" politiques sur les magistrats, cette instance a ouvert une enquête contre le tout nouveau chef de la police d'Istanbul Selami Altinok, soupçonné d'avoir ordonné à ses officiers de ne pas exécuter un mandat d'arrêt visant une trentaine de personnalités proches du pouvoir.

Le HSKY a également décidé de se pencher sur les conditions dans lesquelles le procureur à l'origine de cette demande, Muammer Akkas, a été dessaisi du dossier.

Ces derniers jours, M. Erdogan, depuis dimanche en tournée d'une semaine en Asie, a accusé à de multiples reprises la police et la justice de son pays de faire partie d'un "Etat dans l'Etat" qui aurait juré sa perte.

Même s'il ne l'a jamais nommée, le Premier ministre soupçonne la confrérie du prédicateur musulman Fethullah Gülen, très influente dans ces deux institutions, d'être la principale composante de ce "gang criminel", selon lui.

Guerre fratricide

Tous deux assis sur une même base conservatrice et religieuse, le Parti de la justice et du développement (AKP), au pouvoir depuis 2002, et le mouvement "güleniste" ont longtemps fait cause commune pour s'imposer aux commandes de l'Etat turc.

Mais à l'automne, la confrérie a rompu pour dénoncer le projet du gouvernement de supprimer des écoles privées assurant une partie de son financement.

Sur le terrain, les procureurs anticorruption ont ordonné mardi un coup de filet dans cinq villes et interpellé 25 personnes dans un autre volet de l'enquête. Elles sont soupçonnées de fraude et de corruption en marge d'appels d'offres passés par la société publique des chemins de fer (TCDD), selon les médias.

Plusieurs dizaines d'hommes d'affaires, de patrons, de hauts fonctionnaires et d'élus, dont les fils de deux ex-ministres, ont déjà été inculpés ou incarcérés dans le cadre du scandale, qui a provoqué la démission de trois membres du gouvernement et précipité un large remaniement ministériel.

La tempête provoquée par cette affaire inquiète sérieusement les milieux économiques et pèse sur les marchés financiers.

Déjà fragilisées par le resserrement de la politique monétaire américaine qui affecte tous les pays émergents, la monnaie et la Bourse turques ont été touchées de plein fouet.

Après avoir touché son plus bas niveau historique lundi à 2,19 livres turques (TL) pour un dollar, la devise s'échangeait mardi à 2,1657 TL pour un dollar, tandis que le principal indice de la Bourse stambouliote (BIST 100) gagnait 1% à 68.701,88 points.

Selon l'agence de notation financière Fitch cette crise souligne que "si ce scandale de corruption se poursuit, il peut fragiliser le gouvernement et affaiblir sa capacité à prendre des mesures adaptées pour maintenir la stabilité économique".

Dans sa note mardi, Fitch a toutefois décidé de maintenir à la Turquie sa note BBB-.

Six mois après les manifestations populaires qui ont fait vaciller le régime, la guerre ouverte qui déchire la majorité islamo-conservatrice au pouvoir depuis onze ans menace l'avenir personnel de M. Erdogan, qui envisage sérieusement de se présenter à la présidentielle d'août 2014.

Plusieurs députés ont claqué la porte de l'AKP pour dénoncer la volonté du Premier ministre et de ses proches d'étouffer les affaires.

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