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07/01/2014 11:26 EST | Actualisé 09/03/2014 05:12 EDT

France: deux cadres de Goodyear séquestrés pendant 30 heures et occupation de l'usine

Après des mois de vaine bataille judiciaire, les salariés d'une usine de pneumatiques Goodyear, promise à la fermeture dans le nord de la France, ont séquestré deux cadres pendant près de 30 heures avant de les libérer en annonçant l'occupation de l'usine comme nouveau moyen de pression.

Le directeur de production de l'usine Amiens-Nord, Michel Dheilly, et le directeur des ressources humaines, Bernard Glesser, ont été libérés vers 15H30 (14H30 GMT). Ils étaient retenus depuis 10H30 (09H30 GMT) lundi dans une salle de réunion, où ils ont passé la nuit.

Escortés par la police, ils sont sortis aux cris de "Les voyous, c'est pas nous" scandés par les salariés. La préfecture avait demandé aux forces de l'ordre d'aller récupérer les deux hommes.

Un délégué de la centrale CGT, Mickaël Mallet, avait toutefois assuré que les cadres ne seraient pas "libérés tant qu'on aura pas des négociations avec un minimum de garanties".

"Le choix c'était (soit) se +friter+ avec les CRS (forces de l'ordre), avec risque de prison pour chacun d'entre nous", soit les relâcher, a expliqué lors de la libération des cadres le leader du syndicat CGT, Mickaël Wamen.

Le préfet, qui a dénoncé le mode d'action des salariés, a appelé "direction et syndicats à se retrouver autour d'une table afin de renouer un dialogue constructif", a indiqué la préfecture dans un communiqué.

La CGT a toutefois annoncé aussitôt l'occupation de l'usine pour la "négocier" contre une prime de départ.

"On va négocier l'usine contre notre prime", a déclaré le leader du syndicat, Mickaël Wamen, lors d'un point-presse improvisé.

"C'est un moyen de pression, on ne va pas détruire l'usine, on n'est pas des voyous", a ajouté M. Mallet.

Le géant américain du pneumatique Goodyear Dunlop compte au total quatre sites en France, dont le plus important est l'usine d'Amiens-Nord qui emploie 1.173 salariés.

Mardi matin, l'organisation patronale Medef a dénoncé des "pratiques inacceptables" et la direction de Goodyear France a annoncé qu'elle refuserait de rencontrer les représentants du personnel tant que les deux cadres seraient séquestrés.

"Aux États-Unis, on appellerait ça un kidnapping. Ces gens seraient arrêtés et poursuivis. C'est un crime très sérieux, vous risquez la prison à vie", s'est indigné de son côté mardi sur la radio Europe 1 le PDG de Titan International, Maurice Taylor. A l'automne, ce fabricant américain de pneus agricoles s'était dit prêt à reprendre l'usine avec "zéro employé".

Conflit "très exceptionnel"

Saisi par la direction de Goodyear, le tribunal d'Amiens avait désigné mardi matin un huissier chargé de s'assurer de la "sécurité et de la libre circulation des biens et des personnes", ouvrant la voie à une possible intervention de la force publique.

La fermeture de l'usine Goodyear d'Amiens-Nord avait été annoncée le 31 janvier 2013. Depuis, la CGT a lancé de multiples procédures en justice pour obtenir la suspension du plan de fermeture, sans succès.

"On perd tout en justice, alors on a changé de braquet", avait expliqué lundi un représentant du personnel qui réclame l'application d'une version "améliorée" d'un plan de départs volontaires (PDV) abandonné en 2012.

"On a acté qu'on ne pourrait pas garder notre emploi, il faut acter que maintenant on veut de l'argent", a expliqué mardi M. Mallet.

La radicalisation des salariés de l'usine Goodyear d'Amiens-Nord fait suite à des années d'un conflit social qualifié de "très exceptionnel" en décembre par une commission parlementaire, qui avait mis en avant la dureté du dialogue social dans l'entreprise.

"C'est un immense gâchis humain, économique et social" car "près de 1.200 salariés sont sur le point de recevoir leur lettre de licenciement après avoir résisté et s'être battus pendant près de dix ans", avait alors estimé la députée Pascale Boistard, rapporteure du texte, critiquant des choix de Goodyear "défavorables à l'emploi", faute d'investissements dans des machines modernes "depuis des décennies".

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