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06/01/2014 01:37 EST | Actualisé 08/03/2014 05:12 EST

France : Ayrault veut l'interdiction du spectacle de l'humoriste et polémiste Dieudonné

Le Premier ministre français Jean-Marc Ayrault s'est dit certain lundi que le prochain spectacle de Dieudonné jeudi à Nantes (ouest) n'aurait pas lieu mais l'humoriste et polémiste accusé d'antisémitisme a fait savoir qu'il s'opposerait en justice à son interdiction.

"Je n'ai aucun doute" sur le fait que le préfet prendra un arrêté interdisant le spectacle, prévu dans une salle de spectacle de plusieurs milliers de places, a déclaré M. Ayrault, après l'envoi aux représentants de l'Etat dans les régions d'une circulaire du ministre de l'Intérieur Manuel Valls.

Ce texte explique dans quel contexte les préfets, avec l'accord des maires, peuvent interdire un spectacle pour risque de trouble à l'ordre public.

L'avocat de Dieudonné, qui doit entamer jeudi par Nantes une tournée en France, a aussitôt fait savoir qu'il contesterait en justice toute interdiction de son spectacle.

La décision ne sera pas prise avant mardi à la mi-journée, a dit le préfet de la région de Nantes.

Le maire de Bordeaux (sud-ouest) Alain Juppé a pour sa part décidé lundi d'interdire le spectacle de l'humoriste prévu pour le 26 janvier dans sa ville.

Dans le passé, des municipalités qui avaient cherché à interdire les spectacles du comédien avaient été déboutées par la justice au nom de la liberté d'expression.

Dieudonné a déjà rôdé à Paris son spectacle "Le Mur", dans lequel il multiplie les charges contre "les Juifs", "la juiverie" ou "kippa city".

La circulaire rappelle qu'une interdiction peut intervenir si les mesures de police classiques ne suffisent pas et à condition que la représentation s'inscrive "dans la suite de spectacles ayant déjà donné lieu à des infractions pénales", que ces infractions ne puissent "être regardées comme un dérapage ponctuel qu'expliquerait la libre création artistique" et qu'elles soient "susceptibles d'affecter le respect dû à la dignité de la personne humaine".

Les maires et les préfets doivent disposer de "tous les moyens de mettre un terme à tout ce qui peut propager dans notre société cet horrible antisémitisme", a déclaré M. Ayrault, ancien maire de Nantes, métropole de l'Ouest de la France.

Le texte "sera contesté, critiqué, mais il y a des moments (...) où les principes ne sont pas négociables", a-t-il ajouté.

Interdire un spectacle s'avère juridiquement très complexe, soulignent des experts, et seules des circonstances exceptionnelles peuvent le justifier.

Les célèbres chasseurs de nazis Serge et Beate Klarsfeld et leur fils l'avocat Arno Klarsfeld, au nom des Fils et filles des déportés juifs de France, ont appelé à manifester mercredi à Nantes pour demander l'interdiction du one-man-show.

"Il est légitime et normal que quand quelqu'un tient des discours antisémites et dit que pas assez de Juifs ont été gazés dans les chambres à gaz, des gens se lèvent pour manifester", a déclaré Arno Klarsfeld.

Le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) a également appelé à "une mobilisation républicaine dans chacune des villes où aura lieu un spectacle de Dieudonné M'Bala M'Bala".

"Contre-productif" ?

En revanche, la Ligue des droits de l'homme (LDH) a estimé que tenter d'interdire ses spectacles pourrait s'avérer "contre-productif", avec le risque de "fédérer autour de Dieudonné une sympathie réactionnelle de ceux qui se considèrent (...) opprimés, socialement ou politiquement".

L'un des ressorts des spectacles de Dieudonné, né en France d'une mère française et d'un père camerounais, est de jouer sur une supposée concurrence des victimes, la souffrance des descendants d'esclaves ou d'habitants autochtones des territoires colonisés par la France n'étant, selon lui, pas reconnue alors que celle des Juifs serait surévaluée.

Par ailleurs, des enquêtes ont été ouvertes sur une éventuelle organisation frauduleuse d'insolvabilité de Dieudonné.

Celui-ci, plusieurs fois condamné pour propos antisémites ou injures raciales, s'est vu infliger un total de 65.290 euros d'amendes, dont plus de 37.000 en condamnations définitives, mais n'a pour l'instant pas versé un seul centime, selon des sources judiciaires.

En outre, une polémique fait rage, notamment sur les réseaux sociaux, à propos du geste de la "quenelle", signe de ralliement des fans de Dieudonné, qu'ils présentent comme "un bras d'honneur antisystème", mais que d'autres interprètent comme un salut nazi inversé.

Des personnes se sont déjà fait photographier faisant la quenelle devant des synagogues, un mémorial de la Shoah, et l'école de Toulouse (sud-ouest) où le jihadiste français Mohamed Merah a assassiné un enseignant et trois enfants juifs en 2012.

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