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Ukraine: la contestation en manque d'un leader charismatique

"Ioulia aurait pu", dit-on à Kiev. Le mouvement de contestation pro-européen s'essouffle faute de leader charismatique comme Ioulia Timochenko, aujourd'hui emprisonnée, qui s'était imposée en symbole de la Révolution orange en 2004, selon des analystes.

Trois opposants, le boxeur Vitali Klitschko, l'allié de Mme Timochenko Arseni Iatseniouk et le nationaliste Oleg Tiagnibok ont pris la tête du mouvement lancé le 21 novembre par des journalistes et militants de la société civile après le refus du gouvernement de signer un accord d'association avec l'Union européenne au profit de la Russie et qui a pris une ampleur sans précédent après la violente dispersion par la police d'une manifestation étudiante le 30 novembre.

"Je ne comprends pas pourquoi ils n'ont pas pris le pouvoir le 1er décembre. J'ai eu le souffle coupé quand j'ai vu combien de gens étaient dans la rue", a avoué l'un des responsables du parti au pouvoir à l'influent journal Dzerkalo Tyjnia.

Après la manifestation de dimanche qui a mobilisé moins que les trois week-ends précédents, c'est le journal pro-pouvoir Segodnia qui a reproché aux leaders de l'opposition d'avoir "manqué de courage pour prendre le pouvoir" et de ne savoir que dire "sans perdre la face" à ceux qui occupent depuis plus d'un mois Maïdan, la place de l'Indépendance dans le centre de Kiev.

La création du "Mouvement populaire Maïdan" annoncée dimanche pour continuer de faire pression sur le président Viktor Ianoukovitch n'a pas convaincu.

Les critiques ont fusé même dans l'entourage de Mme Timochenko, dont une photo géante est affichée sur la place.

"Je n'ai pas entendu dimanche de plan d'action pratique", a écrit son avocat Serguï Vlassenko sur son compte Facebook.

"J'ai été désagréablement surpris par les déclarations selon lesquelles +Maïdan a gagné+. En fait, c'est Ianoukovitch qui a fait tout ce qu'il voulait", a-t-il poursuivi.

Démission du ministre de l'Intérieur accusé de la répression, limogeage du gouvernement ou convocation d'élections anticipées: aucune de ces exigences n'a été remplie.

Le seul aboutissement est la loi votée au Parlement qui prévoit l'amnistie pour les participants arrêtés lors de manifestations. Mais celle-ci a été sévèrement critiquée pour ses formules floues qui permettraient également d'amnistier les policiers responsables des violences.

Entre-temps, M. Ianoukovitch a obtenu en Russie un crédit de 15 milliards de dollars et un important rabais du prix du gaz et l'Union européenne a laissé entendre que la signature d'un accord d'association n'était plus d'actualité avec le régime en place.

L'ampleur de la contestation a pourtant été aussi importante voire plus puissante que pendant la Révolution orange de 2004 qui avait porté au pouvoir des pro-occidentaux.

"Les Ukrainiens ont pris l'habitude qu'il y ait Ioulia (Timochenko) et Ianoukovitch. Aujourd'hui il n'y a pas de contre-poids à Ianoukovitch. Il n'y a pas de leader charismatique", souligne le politologue Vadim Karassev.

Même si Vitali Klitschko bénéficie d'une importante popularité, il ne dégage pas le même charisme que Mme Timochenko, dont les discours enflammés électrisaient les foules en 2004.

Pour M. Karassev, le trio d'opposition a "une stratégie de perdants". "Ils n'ont pas de programme politique. Klitschko veut une présidentielle anticipée, les deux autres ne le soutiennent pas".

D'autres experts ukrainiens sont moins sévères avec les opposants.

"Ils mènent avec succès campagne pour délégitimer le pouvoir dans le pays et à l'étranger", souligne Vitali Bala, conseiller en communication. "Mais Ioulia l'aurait mieux fait", concède-t-il.

Montrant qu'elle conservait une influence, l'ex-Premier ministre a en effet été la première à demander des sanctions européennes et américaines contre M. Ianoukovitch et sa famille, une idée reprise ensuite par les opposants et discutée avec des responsables occidentaux en visite à Kiev.

"Je ne critiquerais pas les opposants. Il faut être réaliste: ils font ce qu'ils peuvent", souligne le politologue ukrainien indépendant Volodymyr Fessenko estimant que la radicalisation de la contestation aurait pu entraîner une effusion de sang.

"Le pouvoir est plus fort aujourd'hui qu'en 2004", souligne-t-il.

Il estime aussi que le mouvement a cruellement manqué d'un soutien concret des Européens.

"Le président russe Vladimir Poutine a été plus adéquat et plus rapide que nos +amis+ européens qui n'ont rien proposé à part l'admiration et le soutien moral", juge-t-il.

neo/gmo/ros

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