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Syrie: 300 morts en huit jours de raids sur Alep à un mois de "Genève-2"

Les raids de l'armée de l'air syrienne contre des secteurs rebelles à Alep (nord) ont fait selon une ONG syrienne 300 morts en huit jours, dont 87 enfants, à un mois d'une conférence de paix censée trouver une issue au conflit.

Pour la seule journée de lundi, 21 personnes ont été tuées, dont 4 femmes et 6 enfants, lors du largage de barils remplis de TNT contre les quartiers aux mains des insurgés de Marjé et Soukkari, dans le sud-est d'Alep, a annoncé l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH).

Cette offensive meurtrière intervient alors que le régime de Bachar al-Assad engrange depuis plusieurs semaines des succès militaires et profite du silence international, selon des experts.

Une source de sécurité à Damas a indiqué à l'AFP que le recours de l'armée aux raids aériens dans la province d'Alep visait à appuyer ses effectifs limités au sol, et que les lourds bilans venaient du fait que les positions rebelles se trouvaient au milieu de civils.

"Du 15 au 22 décembre, 301 personnes ont péri (à Alep), dont 87 enfants, 30 femmes et 30 rebelles", selon l'OSDH, qui s'appuie sur un large réseau de sources civiles, médicales et militaires à travers le pays.

Dimanche, des militants à Alep ont diffusé une vidéo montrant des enfants fuyant une école visée selon eux par les bombardements à Marea, une localité rebelle de la province. Des enfants en état de choc, couverts de poussière et ensanglantés sont secourus par des hommes dans une classe, au milieu des gravas et des cris.

L'opposition syrienne et des ONG accusent les forces du régime de larguer des "barils d'explosifs" remplis de TNT sur ces zones rebelles pour briser le moral de la population et la monter contre les insurgés.

Si officiellement le régime ne reconnaît pas le recours à ces barils, une source de sécurité a affirmé à l'AFP que cette technique était moins coûteuse que des missiles.

Alep, un des principaux fronts du conflit qui ravage le pays depuis plus de deux ans et demi, est divisée depuis l'été 2012 entre secteurs rebelles et zones tenues par le régime.

L'opposition syrienne a répété son appel à l'établissement d'une zone d'exclusion aérienne, une revendication mainte fois évoquée mais généralement ignorée par les pays occidentaux soutenant la coalition contre M. Assad.

Depuis le début en mars 2011 d'une révolte pacifique qui a ensuite dégénéré en conflit armé, le régime affirme combattre des "terroristes" financés par l'étranger.

"Le pays fait face à une pensée takfirie (terme désignant l'extrémisme musulman). Il s'agit d'un terrorisme sans limite, d'un fléau international qui pourrait frapper n'importe où et n'importe quand", a ainsi martelé M. Assad lundi en recevant une délégation australienne, selon l'agence officielle Sana.

Selon la source de sécurité à Damas, "l'aviation prend pour cible des positions très précises des hommes armés, qui se trouvent volontairement au milieu des zones civiles".

L'armée n'a pas les moyens de lancer une offensive terrestre dans la région d'Alep, contrairement à ce qui se passer dans d'autres régions comme la province de Damas, a précisé cette source.

Dans ces régions, l'armée syrienne a en effet pu bénéficier de l'aide précieuse du Hezbollah chiite libanais, expert en guérilla urbaine.

Selon Salman Shaikh, directeur du Brookings Doha Center, le régime mène son offensive sans être vraiment inquiet d'une éventuelle réaction de la communauté internationale.

"Il n'y a plus de lignes rouges, il y a désormais un feu vert", a-t-il affirmé à l'AFP.

Le président américain Barack Obama avait établi l'année dernière une "ligne rouge" concernant l'utilisation d'armes chimiques en Syrie, mais en août, les Etats-Unis ont renoncé à des frappes contre le pouvoir à Damas à la suite d'une attaque chimique dévastatrice dont ils ont accusé le régime.

Selon M. Shaikh, le discours dominant désormais des pays occidentaux est que le régime d'Assad est devenu le moins pire des scénarios face aux jihadistes, dont une partie non négligeable vient d'Europe.

"Le régime bombarde parce qu'il peut se le permettre. Personne ne l'arrête", a-t-il souligné.

Pour lui, le régime cherche à arriver en position de force à la conférence de paix dite de "Genève-2", à l'orée de laquelle l'opposition semble de plus en plus affaiblie.

"D'autres groupes radicaux sur le terrain profitent de cette situation, et le conflit va se radicaliser encore plus", a ajouté M. Shaikh.

bur-ram/sk/fcc

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