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Soudan du Sud : l'armée avance vers les positions rebelles

L'armée sud-soudanaise se préparait lundi à une offensive majeure contre les forces rebelles de l'ex-vice-président Riek Machar, le pays glissant toujours plus vers la guerre civile en dépit d'intenses efforts diplomatiques internationaux..

Des renforts de l'armée se dirigeaient vers Bor, la capitale de l'Etat du Jonglei, chroniquement instable, prise la semaine dernière par les hommes de Machar. Face à cette situation qui dégénère, des centaines de milliers de personnes risquent d'avoir très vite besoin d'aide, a mis en garde l'ONU.

Le Soudan du Sud est en proie à d'intenses combats depuis que le président, Salva Kiir, a accusé son ancien vice-président, limogé en juillet, de tentative de coup d'Etat il y a une semaine.

Riek Machar dément fermement, accusant Salva Kiir de vouloir éliminer ses rivaux. En plus de Bor, ses forces ont pris le contrôle de Bentiu, capitale de l'Etat stratégique d'Unité, qui concentre la production pétrolière nationale.

"Nos soldats vont reprendre la ville de Bor aux forces de la rébellion", a affirmé lundi le porte-parole de l'armée sud-soudanaise, Philip Aguer. "Les forces de Machar contrôlent toujours la ville, mais nous nous préparons à la reprendre".

Depuis une semaine, des morts par centaines ont été recensés, les civils affluent par milliers dans différents complexes de l'ONU -- 20.000 ne serait-ce qu'à Juba -- pour tenter d'échapper aux combats et massacres.

L'ONU et des dirigeants du monde entier sont engagés dans une course diplomatique pour éviter au Soudan du Sud de replonger dans la guerre civile, seulement deux ans après son indépendance du Soudan, en juillet 2011.

Après avoir renforcé le contingent militaire américain sur place, le président Barack Obama, dont le pays a joué un rôle clé dans l'accès à l'indépendance, a affirmé que les Etats-Unis prendraient "de nouvelles mesures pour assurer la sécurité des citoyens, du personnel et des biens américains".

Comme d'autres pays, Washington évacue ses citoyens. Quatre soldats américains ont été blessés samedi par des tirs d'origine non-identifiée lors de ces opérations.

Samedi également, une délégation de ministres des Affaires étrangères d'Afrique de l'Est a rencontré le président Kiir, qui a alors promis "un dialogue sans conditions" avec Machar. Mais l'ex-vice-président s'est dit seulement prêt à négocier le départ de son rival.

Après un déplacement dans la ville assiégée de Bor dimanche, le chef des opérations humanitaires de l'ONU au Soudan du Sud, Toby Lanzer, s'est alarmé de la dégradation de la situation pour la population.

"Il y a encore une semaine, il aurait été difficile d'imaginer que les choses puissent dégénérer de la sorte", a commenté M. Lanzer à l'AFP. "J'espère me tromper, mais sinon, des centaines de milliers de personnes auront besoin d'aide très très vite".

A Bor, la situation est selon lui d'autant plus critique que les Casques bleus sur place n'auront certainement pas la capacité de défendre les quelque 15.000 civils réfugiés dans la base onusienne locale.

Dans ce jeune pays, gangréné par la corruption et rongé bien avant les derniers événements par les rivalités ethniques, les récents combats revêtent à la fois une dimension ethnique et politique. Les hommes fidèles à Salva Kiir sont issus de l'ethnie Dinka, ceux de Riek Machar de l'ethnie Nuer.

La semaine dernière, des miliciens Nuer ont attaqué une base de l'ONU à Akobo, dans le Jonglei, où ils ont tué deux Casques bleus indiens et au moins 20 civils Dinka qui s'y étaient réfugiés.

L'ONU "fortifie son camp à Bor, pour s'assurer que ne se répète pas ce qui s'est passé à Akobo", a ajouté M. Lanzer. "Mais, comme à Akobo, s'il y a quelques Casques bleus à l'intérieur et 2.000 (combattants) à l'extérieur, nous ne pourrons pas faire grand-chose".

L'armée sud-soudanaise "travaille" aussi à une reprise du contrôle de Bentiu, a de son côté poursuivi M. Aguer.

La zone est d'autant plus stratégique que le pétrole, qui y coule abondamment, représente 95% de la fragile économie sud-soudanaise.

Le secteur a déjà été touché par les récents combats, des compagnies pétrolières évacuant leur personnel après la mort d'au moins cinq travailleurs sud-soudanais la semaine dernière.

Selon l'ambassadeur sud-soudanais à Juba, les installations pétrolières n'auraient pas été frappées et le pétrole continuerait à couler.

Mais selon un responsable local à Bentiu, la ville serait jonchée de cadavres.

Sur place, un témoin s'exprimant sous couvert d'anonymat a indiqué que des rebelles du Darfour soudanais voisin pourraient très bien s'être déplacés dans la zone, profitant de l'instabilité. Il a également fait d'état d'informations, non confirmées, de viols.

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