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La libération de Khodorkovski, un succès pour la diplomatie allemande

La libération de Mikhaïl Khodorkovski apparaît comme un grand succès de la diplomatie allemande à l'heure où le pays cherche le bon équilibre dans sa relation avec le géant russe, estiment des analystes.

Parmi les personnes que l'ancien magnat et critique du Kremlin a particulièrement remerciées pour leur intervention, dimanche lors de sa première conférence de presse à Berlin, figuraient la chancelière Angela Merkel et l'ancien ministre des Affaires étrangères, Hans-Dietrich Genscher.

Dès vendredi, alors que M. Khodorkovski arrivait en Allemagne, Berlin n'avait pas caché avoir oeuvré "en coulisses" pour ce résultat. M. Genscher "s'est occupé du dossier (Khodorkovski) en coulisses de façon intensive. Il s'est grandement impliqué pour travailler avec succès à des solutions, avec le soutien de la chancelière et du ministère des Affaires étrangères", avait déclaré le porte-parole de Mme Merkel, Steffen Seibert.

Grande figure de la diplomatie allemande qu'il dirigea entre 1974 et 1992, négociateur de la réunification allemande avec l'ex-président soviétique Mikhaïl Gorbatchev, M. Genscher, 86 ans, a rencontré deux fois Vladimir Poutine pour évoquer le cas Khodorkovski, à Berlin, en marge d'un voyage du président russe en 2012, puis à Moscou en 2013.

Le Kremlin est resté laconique sur le rôle joué par les autorités allemandes dans cette libération surprise. "Mme Merkel s'exprimera certainement sur son rôle, s'il y en a eu un", a déclaré lundi à Interfax le conseiller diplomatique de M. Poutine, Iouri Ouchakov.

La presse allemande saluait en tout cas lundi "un véritable coup diplomatique", selon les termes utilisés par le quotidien conservateur Die Welt.

"Les contacts officieux comme ceux entretenus par Jimmy Carter ou Bill Clinton en Corée du Nord ou en Iran, ou encore ceux de Hans-Dietrich Genscher en Russie aujourd'hui peuvent toujours être présentés comme informels, comme de simples échanges de vues sans engagement", faisait remarquer le quotidien berlinois de centre-gauche Tagesspiegel.

"Il n'y a jamais d'échec car (ces discussions) n'ont pas de connotation officielle. Et quand il ne peut y avoir d'échec, personne ne peut être tenu pour responsable", soulignait-il.

"Cela prendra longtemps, peut-être plusieurs dizaines d'années, avant que tous les détails de ce chef d'oeuvre de diplomatie secrète ne soient révélés au public", relevait de son côté le journal de gauche Tageszeitung.

Mais au-delà du déroulement de l'opération elle-même, sa réussite pose "la question de l'évolution de la politique russe de l'Allemagne", soulignait Die Welt.

Selon Hans Kundnani, du Conseil européen des relations étrangères (ECFR), les relations germano-russes sont actuellement "en plein mouvement".

"Il y a en Allemagne une importante dose de frustration et de déception en ce qui concerne sa relation avec la Russie", a-t-il expliqué à l'AFP.

La politique de rapprochement initiée par le chancelier social-démocrate Gerhard Schröder, prédécesseur d'Angela Merkel devenu un ami du président Poutine, n'a pas apporté les fruits attendus. Et le nouveau ministre des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, qui occupait déjà cette fonction dans le premier gouvernement Merkel (2005-2009) ne semble pas décidé à reproduire la même erreur.

"L'establishment diplomatique allemand avait placé toutes ses espérances dans l'idée d'un partenariat qui favorise la modernisation" de la Russie, pensant que les réformes économiques conduiraient aux réformes politiques, souligne M. Kundnani. Mais cet espoir a été déçu.

Ces dernières années, Mme Merkel a souvent durci le ton à l'égard de la Russie, notamment sur le dossier des droits de l'Homme, tout en tentant de préserver des intérêts économiques germaniques importants dans le pays (l'an passé, la Russie était le dixième partenaire commercial de l'Allemagne, avec un volume d'échanges de 81 milliards d'euros).

Dans son premier discours en tant que nouveau ministre des Affaires étrangères, M. Steinmeier a eu des mots durs à l'égard du Kremlin. "La façon dont la politique russe a exploité la situation d'urgence économique de l'Ukraine est révoltante", avait-il dit à propos des accords économiques signés entre la Russie et l'Ukraine à Moscou.

Mais interrogé dimanche M. Khodorkovski s'est bien gardé de trop s'engager en refusant de donner des conseils aux dirigeants occidentaux "sur la manière de se comporter avec quelqu'un d'aussi difficile que le président de (son) pays".

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