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Japon: Shinzo Abe an 1, à droite toute !

En arrivant au pouvoir le 26 décembre 2012, Shinzo Abe a trouvé un Japon en plein doute: économie languissante, traumatisme nucléaire, tiraillements avec Washington et incertitudes régionales face à une Chine conquérante. En un an il a montré qu'il y avait un pilote dans l'avion et amorcé un grand virage sur l'aile droite.

Il a d'abord emmené son Parti Libéral Démocrate (PLD) à la victoire aux législatives du 16 décembre, mettant fin à trois ans de pouvoir ratés du Parti Démocratique du Japon (PDJ, centre-gauche). En juillet suivant, il lui offrait une seconde victoire avec le Sénat, lui ouvrant trois ans sans échéance électorale, un luxe après des années d'instabilité chronique.

"Politiquement, il se débrouille plutôt bien. Le PDJ est en état de coma et, au sein de son propre parti, il n'y a pas vraiment d'opposition", dit à l'AFP Robert Dujarric de l'Université Temple de Tokyo.

Petit-fils d'un ex-Premier ministre et fils d'un ex-ministre des Affaires étrangères, Shinzo Abe trainait une image de politicien inefficace depuis un premier passage raté à la primature en 2006-2007. Pour ceux qui on connu le "Abe 1ère époque", le contraste est saisissant.

On n'est plus au temps du "beau Japon" dont il rêvait en 2006, aujourd'hui c'est "Japan is back" et un "Japon fort".

Fort économiquement d'abord. Dès son arrivée, il a dégainé ses Abenomics, une audacieuse politique de relance basée sur d'énormes dépenses publiques, un assouplissement monétaire considérable, un net affaiblissement du yen et enfin, le plus difficile et encore à venir, des réformes structurelles.

Du coup le Japon a renoué avec la croissance. Mais au bout d'un an certains analystes, y compris au FMI, se demandent si, sans les réformes structurelles attendues, la potion Abe ne risque pas de perdre ses effets et de finalement laisser un goût mitigé, notamment avec le gonflement de l'abyssale dette publique (250% du PIB).

M. Abe reste sûr de lui : ma politique "est la seule possible", disait-il en juin à l'AFP.

Fort diplomatiquement, ensuite. En un an, M. Abe s'est transformé en commis-voyageur et s'est rendu dans tous les pays de l'Asean (Association des nations du sud-est asiatique), mais aussi aux Etats-Unis, en Russie, dans les pays du Golfe, en Turquie, avec une triple obsession: sécuriser les approvisionnements énergétiques du Japon en "panne nucléaire" depuis l'accident de Fukushima en mars 2011, resserrer les liens avec Washington, et contrer la Chine, notamment en courtisant l'Asean dont il a réuni les dirigeants à Tokyo en décembre, le chéquier grand ouvert.

Paradoxalement les deux seuls pays importants dont il n'aura pas rencontré les dirigeants durant cette première année sont les voisins immédiats, la Chine et la Corée du Sud.

Car Tokyo a des conflits territoriaux maritimes avec ces deux pays, celui avec la Chine étant le plus virulent à propos d'un archipel inhabité en mer de Chine orientale, les Senkaku, revendiqué par Pékin sous le nom de Diaoyu. Pékin a franchi un seuil supplémentaire en décrétant en novembre une "zone d'identification aérienne" dans cette région, au grand dam de Tokyo, Séoul et Washington.

Du coup, dans une stratégie d'endiguement circulaire, Shinzo Abe a mené une opération de séduction auprès de pays qui comme le Japon s'inquiètent des appétits maritimes de la Chine (Philippines, Vietnam, Malaisie), mais a aussi entamé un rapprochement accéléré avec la Russie et un resserrement des liens avec l'Australie et l'Inde.

Fort du renforcement de l'alliance politico-militaire avec Washington, la priorité des priorités, Shinzo Abe s'est montré inflexible face à Pékin: il n'y a rien à négocier et le Japon défendra son territoire par la force si nécessaire.

Reste que par son côté "hussard" ou "faucon nationaliste", M. Abe inquiète parfois, y compris au Japon: il veut ainsi toiletter la constitution pacifiste imposée en 1947 par le vainqueur américain. Début 2013, il avait également augmenté le budget de la défense, une première depuis onze ans, et vient encore tout récemment de le gonfler de 5% sur les 5 années à venir, soit 175 milliars d'euros de plus.

Et tout dernièrement, il a fait voter un texte sur les "secrets d'Etat" dénoncé comme liberticide par de nombreux secteurs de la société et de grands médias.

Résultat: au moment de souffler sa première bougie, sa cote est pour la première fois tombée sous les 50% dans plusieurs sondages.

jlh/pn/ros

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