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Japon: la première année des "Abenomics" a ravi la Bourse mais pas les classes moyennes

"Abenomics": ce néologisme symbolise la première année de pouvoir du Premier ministre japonais Shinzo Abe. Cette politique de relance a ravi les marchés mais il lui reste le plus dur: ne pas mécontenter les classes moyennes aux revenus stagnants.

La partie la plus facile semble terminée pour le dirigeant conservateur, revenu au pouvoir le 26 décembre 2012 après la victoire de son Parti Libéral-Démocrate aux élections législatives, avec comme objectif premier de sortir l'archipel de la déflation pour le remettre sur les rails de la croissance.

Rompant avec les velléités de rigueur de son prédécesseur centriste, M. Abe a engagé l'équivalent de 70 milliards d'euros de nouvelles dépenses publiques pour soutenir notamment le secteur de la construction, avant de promettre récemment 40 milliards supplémentaires.

Il a aussi désigné au printemps un homme sûr, Haruhiko Kuroda, à la tête de la Banque du Japon (BoJ) qui inonde depuis les marchés de liquidité en achetant des obligations d'Etat à tour de bras.

Résultat: la Bourse de Tokyo s'est envolée de 50% en un an, le yen jugé surévalué s'est déprécié d'un quart au grand bonheur des exportateurs et la consommation des ménages a rebondi. La troisième puissance économique mondiale a affiché aux premier et deuxième trimestres 2013 une croissance de 1,1% puis 0,9%, à faire pâlir d'envie l'Europe engluée dans l'austérité et la récession.

"Les Abenomics méritent clairement d'être salués. Ils ont permis d'améliorer l'état d'esprit des investisseurs et des consommateurs, avec des répercussions positives sur l'économie réelle", estime Ivan Tselichtchev, professeur d'économie à l'Université de gestion de Niigata.

Pour lui, les deux premières "flèches" des Abenomics (dépenses budgétaires, politique monétaire ultra-accommodante) ont provoqué un choc psychologique salutaire.

Mais M. Tselichtchev prévient que M. Abe doit maintenant décocher son troisième trait, les "réformes structurelles". "Cela comprend entre autres des dérégulations, un renforcement de la concurrence dans les secteurs agricole et tertiaire, et un soutien aux efforts d'innovation des PME pour doper la compétitivité des exportations", énumère-t-il.

Le chef du gouvernement envisage en particulier d'assouplir le marché du travail et a lancé deux négociations de libre-échange, avec les Etats-Unis dans le cadre du partenariat trans-Pacifique (TPP) et avec l'Union européenne.

Après un état de grâce de presque un an, les milieux d'affaires montrent quelques signes d'impatience et, à l'aube de sa deuxième année au pouvoir, les choses pourraient être d'autant plus compliquées pour M. Abe qu'il baisse dans les sondages: sa cote de popularité vient de chuter de 10 points, juste sous les 50%, après le passage en force d'une loi de "protection des secrets d'Etat" qu'il a exigée.

Les classes populaires et moyennes sont en outre mises à l'épreuve, leurs revenus grignotés par une hausse à venir de la taxe sur la consommation (équivalent de la TVA)en avril et la hausse des tarifs de l'électricité, provoquée par une flambée du coût des hydrocarbures importés sur fond de yen déprécié.

"Tout cela réduit les revenus réels des salariés: les travailleurs sont plus pauvres", dénonce l'économiste Yukio Noguchi, de l'Université Hitotsubashi.

Comme le patronat reste jusqu'à présent quasi sourd aux appels du gouvernement à relever les salaires, la consommation des ménages s'essouffle et au troisième trimestre, la croissance du produit intérieur brut (PIB) a nettement ralenti, à 0,3%.

De surcroît, M. Abe ne pourra s'en remettre éternellement à la dépense publique, au moment où le Japon endetté à quelque 250% de son PIB subit la pression des organisations internationales (FMI, OCDE) pour mettre de l'ordre dans ses comptes - plus de 40% du budget de l'Etat est financé par de nouveaux emprunts.

Des observateurs tablent en conséquence sur un nouvel assouplissement monétaire de la BoJ en 2014 pour encourager la relance, au risque de nourrir une bulle financière et les accusations de fuite en avant.

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