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Dix ans après les Polonais, Londres redoute un afflux de Roumains et Bulgares

Prédictions alarmistes d'un "raz de marée" d'immigrés, droits aux aides sociales restreints en dernière minute: la libre circulation des travailleurs roumains et bulgares au 1er janvier alimente les peurs au Royaume-Uni sur fond d'euroscepticisme exacerbé, comme le plombier polonais en son temps.

Le gouvernement britannique ne se hasarde à donner aucune statistique officielle sur les arrivées prévues à partir de 2014, mais les chiffres qui circulent varient de 30.000 à 70.000 par an selon les sources.

La question est sensible dans un pays qui a connu une forte immigration d'Europe de l'est après l'élargissement de 2004.

Quelque 640.000 personnes vivant au Royaume-Uni viennent de Pologne, ce qui en fait le deuxième pays d'origine des immigrés après l'Inde, selon des chiffres officiels datant de 2012. En réalité, ils seraient plus d'un million, d'après la communauté polonaise.

"On a eu une expérience passée très difficile. Cela a été carrément désastreux", juge Nigel Mills, un député conservateur à l'initiative d'une motion destinée à prolonger de cinq ans la durée des restrictions. Le temps que les disparités économiques se réduisent entre le Royaume-Uni et les deux pays les plus pauvres de l'UE.

"Il y a une vraie inquiétude que cela se reproduise, surtout alors que notre économie et notre marché du travail ne se sont pas encore complètement remis de la récession", explique-t-il à l'AFP.

Comme dans huit autres pays européens, les Roumains et Bulgares, qui n'ont actuellement le droit d'exercer qu'un nombre limité de métiers, auront à partir du 1er janvier 2014 un accès libre au marché du travail au Royaume-Uni. Ils sont quelque 140.000 à y travailler déjà, selon des chiffres officiels d'août dernier.

La France a anticipé cette levée en doublant en octobre 2012 le nombre de métiers accessibles qui est passé de 150 à 291, dans des secteurs où les employeurs peinent à recruter. Elle a également supprimé une taxe que l'employeur devait payer pour embaucher des Roumains ou des Bulgares.

En Grande-Bretagne, pourtant connue pour son multiculturalisme et sa tolérance, face aux inquiétudes exprimées, Londres a annoncé en catastrophe un durcissement de l'accès des immigrés aux aides sociales, sur fond de montée en puissance du parti anti-immigration et anti-UE Ukip.

David Cameron a également fait part de son intention de réclamer des limites à la libre circulation dans l'UE, déclenchant l'ire de Bruxelles.

Une équipe de la police britannique a même été envoyée en Roumanie pour tenter de décourager les candidats à l'émigration sans travail.

Les Britanniques, à l'exception des milieux d'affaires qui voient d'un bon oeil cette arrivée de main d'oeuvre, sont majoritairement hostiles à la levée des restrictions: 50% veulent les voir se prolonger, selon un sondage You Gov publié en septembre. Un chiffre qui monte à 82% dans une enquête du Daily Mail en novembre.

Les craintes se cristallisent en particulier sur les Roms, dont la présence avec sacs et caddies en bordure de Hyde Park, en face des hôtels de luxe, fait grincer des dents.

Dans les coquets appartements du Centre culturel roumain, la communauté déplore d'être ainsi montrée du doigt.

"La plupart des Roumains ici ne comprennent pas pourquoi ils sont ainsi stigmatisés, décrits comme des gens paresseux, venant voler le travail des Anglais et récupérer les aides sociales. Ils trouvent cela insultant car ils travaillent dur, paient des impôts", déclare à l'AFP Nicolae Ratiu, trésorier du centre culturel.

Le Royaume-Uni n'est pas le premier choix de destination des Roumains, qui pour des questions linguistiques préfèrent l'Italie et l'Espagne, souligne-t-il.

En Allemagne, le journal le plus lu, Bild, a aussi fait ses choux gras des récents chiffres de l'Agence allemande pour l'Emploi qui révélaient que le nombre de Roumains et de Bulgares touchant l'allocation minimale sociale Hartz IV en 2013 était de 38.800 personnes et avait doublé en deux ans.

Ces 38.800 personnes ne représentent cependant que 9% des Roumains et Bulgares résidant en Allemagne. A titre de comparaison, pour les autres nationalités, la moyenne est de 15,4%, a nuancé le Frankfurter Allgemeine Zeitung.

Pour l'ambassadeur roumain à Londres, Ion Jinga, la plupart de ses concitoyens qui immigrent au Royaume-Uni ont moins de 35 ans et ne pèsent pas sur le système d'aides sociales.

Chanteuse au sein du groupe Monooka's Caravan, Monica Madas, espère, être embauchée comme professeur de musique ou de théâtre après la levée des restrictions. "Maintenant, je vais pouvoir postuler à de meilleurs emplois", espère-t-elle.

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