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Débat autour des conditions dans les centres pour clandestins en Italie

L'action spectaculaire d'immigrés maghrébins qui se sont cousu la bouche pour protester contre leur détention dans un des treize "centres d'identification et d'expulsion" (CIE) italiens a relancé dimanche le débat sur le traitement des clandestins en Italie.

Dans ce CIE de Ponte Galeria, près de l'aéroport romain de Fiumicino, quatre Tunisiens emmenés par un imam se sont cousu samedi soir la bouche, imités par cinq Marocains. Ils ont refusé ensuite que leur soit ôté le fil unique qui relie leurs lèvres mais ne les empêche pas de boire. Ils poursuivaient parallèlement une grève de la faim.

Le traitement infligé à des migrants dans le CIE bondé de l'île de Lampedusa avait déjà suscité une vague d'indignation en Europe. Un reportage télévisé en début de semaine montrait des réfugiés se dénuder avant d'être aspergés d'un produit contre la gale.

"Les images de Lampedusa sont inacceptables", avait dénoncé la commissaire européenne aux Affaires intérieures, Cecilia Malmström.

Dimanche, Khalid Chaouki, un député du Parti démocrate (PD - gauche) d'origine marocaine s'est "barricadé symboliquement" dans le centre bondé de Lampedusa, affirmant qu'il y resterait tant que les immigrés, qui y sont pour certains depuis des mois, ne seraient pas transférés ailleurs. "J'ai trouvé ce que je craignais: un lieu indigne où il pleut des toits et où sept Erythréens qui ont survécu au naufrage du 3 octobre (366 morts, près de Lampedusa) sont encore là".

En 2002, une loi avait institué des quotas déterminant le nombre d'immigrés que l'Italie pouvait accueillir annuellement. C'est en application de cette législation que les CIE ont été créés en 2008. Les immigrés sans permis de séjour et en attente d'expulsion peuvent y être retenus pendant un maximum de 18 mois... Le temps que les consulats des pays d'origine procèdent aux identifications et vérifications.

Dans le centre de Ponte Galeria, se trouvent mélangés des clandestins débarqués de bateaux, des petits délinquants ayant effectué de séjours en prison, quelques drogués, dans des conditions sanitaires dégradées.

Les demandes d'abolition de cette loi et de fermeture des centres se sont multipliés dimanche. Le nouveau chef du PD, Matteo Renzi, a promis qu'il ferait tout son possible pour cela.

Le Prix Nobel de la Paix 1976, l'Irlandaise Betty Williams, de passage en Italie, l'a aussi réclamé, estimant que des centaines d'associations et communes italiennes pouvaient accueillir ces clandestins.

"Dans quel esprit préparez-vous Noël quand tout le monde sait qu'il y a des personnes en camp de concentration?", a lancé Mme Williams, s'adressant au président du Conseil Enrico Letta dans un communiqué.

"Je suis totalement aux côtés du pape François qui est triste et furieux de cette situation", a-t-elle ajouté.

La secrétaire nationale du syndicat de gauche CGIL Vera Lamonica a aussi réclamé dimanche la fermeture des treize centres, "inefficaces dans leur objectif d'identifier et d'expulser".

Le geste des Maghrébins "nous impose de rouvrir le débat national sur une législation qui assimile ceux qui fuient les guerres, la violence et les pauvretés à des criminels de guerre", avait réagi dès samedi le maire de gauche de la capitale, Ignazio Marino.

jlv/via

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