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A Bangui, love story malgré la haine confessionnelle

Ils ont 22 et 23 ans, une fillette de deux ans. Lui est musulman, elle était chrétienne avant leur mariage islamique. Ahmed Azoulou et Manuela Sogbe vivent dans un quartier mixte de Bangui, ils affirment que les violences entre chrétiens et musulmans n'ont pas entamé leur amour.

"Je veux vivre avec elle jusqu'à la fin de ma vie", assure Ahmed. "Mon voeu, c'est de rester avec lui", affirme Manuela.

Il est assis sur un tapis, elle sur un petit matelas, dans le salon de la famille musulmane, entourés d'une innombrable verroterie, de vaisselle arabe et d'une télévision.

Monsalifa, leur fille aux cheveux tressés vêtue d'une robe rouge de gala, va de l'un à l'autre. L'éclairage de l'ampoule se module au rythme des baisses de tension dans Kina, quartier de petites maisonnettes et de ruelles de terre.

Le père de Manuela, déjà malade, est mort vendredi 6 décembre, au lendemain des massacres interreligieux. "Il avait de la tension. Il a fait une crise sans doute en raison de la frayeur", affirme Manuela, qui s'exprime bien en français, au contraire de son mari.

D'habitude, le couple vit dans la maison de la famille chrétienne. Depuis les événements, la famille ne sort plus du voisinage. "J'ai peur de quitter le quartier. Je suis mariée à un musulman, on peut m'agresser. Les gens sont armés", explique Manuela. "Je reste à la maison, je fais le ménage et on regarde les informations ensemble à la télévision pendant la journée. Le soir, on regarde les séries quand il y a l'électricité".

"Mes journées sont nulles", commente Ahmed. "Je me lève, je vais chercher à manger, je discute avec les amis du quartier. Je rentre et on regarde la télé. Je ne travaille plus", affirme ce colporteur, qui fait habituellement la navette entre le Cameroun et Bangui. "Je vis grâce à l'aide des autres".

"Quand il y a eu les événements, je suis resté dans la famille de ma femme. Ils me protègent. La situation est dangereuse mais avec eux, je n'ai pas peur", explique Ahmed. La maison de la famille est aussi protégée par les musulmans du quartier.

Il est facile de faire la distinction entre les maisons: celles des musulmans sont entourées de clôture en tôle pour cacher les femmes à la vue de l'extérieur, celles des chrétiens n'en ont pas. Beaucoup de maisons de chrétiens sont aujourd'hui abandonnées, leurs occupants ont fui, craignant des représailles des habitants du quartier musulman du PK-5 voisin.

"On a beaucoup parlé entre nous depuis le début de la crise. Ce n'est pas bien de tuer. Entre nos familles, il n'y a aucun problème", soulignent les deux époux.

"On peut tous vivre ensemble à l'avenir. Il n'y avait pas de problème avant", précise Manuela. Pourtant, la jeune femme avoue avoir été insultée par le passé en raison de son mariage avec un musulman. Les insultes "ne manquent pas! On me traite de Benga (un poisson local). C'est comme ça qu'on surnomme les femmes mariées aux musulmans. On me dit qu'après mon mari va prendre une deuxième femme qui sera musulmane"

"Mais dans ma famille tout le monde a accepté. Tout le monde a trouvé çà bien si c'est mon voeu", dit-elle. Sa conversion n'a choqué personne parmi ses proches.

Quand on demande à Ahmed, pourquoi ce n'est pas lui qui s'est converti, il sourit. Son frère Fatih répond à sa place: "Parce que l'islam, c'est la religion de la vérité". Ahmed acquiesce.

La rencontre entre les deux époux a eu lieu en classe de première à l'école laïque. "Je l'ai vue. Elle m'a plu tout de suite. Alors, je me suis avancé!", avoue Ahmed. "Je l'aimais depuis le début", assure Manuela.

Les deux assurent qu'ils se fréquentaient ouvertement. "On ne s'est jamais cachés", se souvient Manuela, qui espère que bientôt tous deux pourront à nouveau sortir ensemble sans avoir à craindre les violences.

pgf/hba/jpc

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