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20/12/2013 11:34 EST | Actualisé 19/02/2014 05:12 EST

Pétrole: le Soudan craint d'être "affecté" par les combats au Soudan du Sud

Les combats entre factions rivales de l'armée au Soudan du Sud "vont affecter" le Soudan, qui dépend de ses gisements pétroliers, ont estimé vendredi les autorités de Khartoum.

Le Soudan, l'un des pays les plus pauvres du monde et plongé dans la crise depuis la partition en 2011, doit recevoir en 2014 des taxes estimées à 1,5 milliard de dollars (1,1 milliard d'euros) en échange de l'utilisation par le Soudan du Sud de ses oléoducs pour exporter le pétrole.

Le ministre de l'Information soudanais, Ahmed Bilal Osmane, a expliqué redouter que les champs pétroliers du Soudan du Sud soient touchés par les combats entre les partisans du président Salva Kiir et ceux de son ancien vice-président Riek Machar.

"Sans aucun doute, l'un des objectifs de ces deux forces est d'essayer de prendre les champs pétroliers", probablement pour tenter d'accroître leur pouvoir de négociations, a déclaré le ministre à l'AFP.

"C'est un combat pour la richesse et le pouvoir", a-t-il ajouté.

Au moins cinq employés sud-soudanais ont été tués mercredi lors de l'une attaque par des hommes armés d'un champ pétrolier au Soudan du Sud appartenant au consortium à majorité chinoise GNPOC, selon un responsable de ce groupe pétrolier.

"Jusqu'à maintenant, il n'y pas de conséquences" sur le flux de pétrole au Soudan, a cependant précisé M. Osmane.

"Nous sommes très inquiets de ce qui se passe au Sud (...). Cela va affecter tous les pays voisins. Au Soudan, nous allons souffrir encore plus que les autres", a-t-il insisté.

Le Soudan du Sud a fait sécession en 2011 après un référendum organisé dans le cadre d'un traité de paix ayant mis fin à plus de deux décennies de guerre civile dévastatrice.

Armes et réfugiés

"Nous avons déjà des problèmes dans notre pays", a souligné M. Osmane alors que l'ONU a estimé lundi que près 6,1 millions de personnes avaient besoin d'une aide humanitaire au Soudan, confronté à des mouvements de rébellions au Darfour (ouest) et le long de la frontière sud.

"Nous aurons des réfugiés", a estimé le ministre, bien qu'aucun afflux majeur n'ait été signalé le long des 400 km de frontière commune.

"La disponibilité des armes va être accrue", a ajouté le ministre soudanais.

"Le pire scénario pour nous est que la guerre se propage à d'autres régions et à l'ensemble du Soudan du Sud", a-t-il assuré, alors que les combats touchent pour l'instant Juba et le Jonglei (est).

Des combats frontaliers ont eu lieu par intermittence l'an dernier, Khartoum et Juba s'accusant mutuellement de soutenir des rebelles de part et d'autre de la frontière.

Les relations se sont améliorées depuis un sommet en septembre ayant abouti à la signature d'une série d'accords renforçant leur coopération dans divers domaines et instaurant une zone-tampon à leur frontière, non démarquée.

Un diplomate étranger ayant requis l'anonymat a assuré que les combats au Soudan du Sud "pourraient être vraiment menaçants pour la stabilité du Soudan".

Un diplomate africain a de plus estimé que les deux régimes avaient "besoin l'un de l'autre".

Refusant de prendre parti, M. Osmane a déclaré "vouloir la paix dans le Sud".

Le ministre soudanais des Affaires étrangères, Ali Karti, était en visite à Juba vendredi au sein d'une délégation de l'Autorité intergouvernementale sur le développement (Igad), une organisation sous-régionale, venue pour tenter de trouver une issue pacifique au conflit.

"Nous sommes en train d'essayer de contacter (...) Riek Machar et de faire s'asseoir les différentes parties à une même table", a déclaré M. Osmane appelant une aide plus large de la communauté internationale.

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