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20/12/2013 05:13 EST | Actualisé 19/02/2014 05:12 EST

Premières inculpations dans le scandale de corruption qui éclabousse Erdogan

La justice turque a prononcé ses premières inculpations dans le cadre de la spectaculaire opération anticorruption qui éclabousse le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, alors que nouvelles têtes sont tombées vendredi dans les hautes sphères de la police.

Au terme de trois jours de garde à vue, le parquet d'Istanbul a ordonné dans la nuit de jeudi à vendredi le placement en détention de huit des dizaines de personnes interpellées mardi à l'aube à Istanbul et Ankara par la direction financière de la police lors d'un coup de filet qui a créé une tempête politique inédite au sommet de l'Etat turc.

Le défilé des gardés à vue s'est poursuivi vendredi dans le bureau des procureurs d'Istanbul.

Parmi eux, les fils des trois ministres de l'Economie, de l'Intérieur et de l'Environnement, le patron de la banque publique Halk Bankasi, Suleyman Aslan, des hommes d'affaires et le maire du district stambouliote de Fatih, Mustafa Demir, membre du Parti de la justice et du développement (AKP), au pouvoir.

Selon les médias turcs, le procureur a demandé la mise en détention de Baris Güler, Kaan Caglayan et Abdullah Bayraktar, fils des ministres de l'Intérieur, de de l'Economie et de l'Environnement. Ce dernier a été libéré par les juges dans la nuit de vendredi à samedi tandis que les deux autres étaient encore longuement interrogés par les magistrats, a indiqué l'agence de presse Dogan.

Tous sont soupçonnés de corruption, de fraude et de blanchiment d'argent dans le cadre de trois enquêtes liées à des marchés publics immobiliers et de transactions d'argent et d'or entre la Turquie et l'Iran sous embargo.

Sérieusement fragilisé par cette crise politique inédite qui survient à quatre mois des élections municipales, le pouvoir islamo-conservateur a poursuivi vendredi sa vague de purges dans la police en sanctionnant 17 nouveaux hauts gradés.

M. Erdogan reproche à la cinquantaine d'officiers démis de leurs fonctions depuis mardi des "abus de pouvoir", en l'occurrence de ne pas avoir mis dans la confidence leur tutelle politique de l'enquête qui la vise.

Comme il l'avait fait lors de la fronde antigouvernementale qui a secoué son pays en juin, le Premier ministre a brandi la théorie du complot et accusé un "Etat dans l'Etat" d'être à l'origine de cette "sale opération" destinée à le salir.

Vendredi doir, à la clôture des débats au Parlement sur le budget 2014, le vice-Premier ministre Bülent Arinç a dénoncé pour sa part "une campagne de lynchage contre le gouvernement".

"Nous ne l'avons pas mérité. Qui d'autre que nous a lutté d'une manière aussi détérminée contre la corruption", a-t-il lancé aux députés de l'opposition qui l'interpellaient bruyamment.

"Conspiration"

"Nous sommes confrontés à une conspiration dégoûtante", a renchéri le ministre des Affaires européennes, Egemen Bagis, soupçonné d'avoir reçu des pots-de-vin.

Le chef du gouvernement pas plus que ses ministres n'ont cité de nom. Mais tous les observateurs ont reconnu dans cette mise en cause la puissante confrérie du prédicateur musulman Fetullah Gülen, très influente dans la police et la magistrature.

Alliée de l'AKP depuis son arrivée au pouvoir en 2002, cette organisation est entrée en guerre contre le gouvernement à cause d'un projet de suppression d'écoles privées, illustrant les failles qui lézardent désormais la majorité.

Depuis quatre jours, la presse turque expose les détails de cette affaire, plongeant un peu plus dans l'embarras un gouvernement islamo-conservateur qui avait érigé en priorité la lutte contre la corruption.

Le président du principal parti d'opposition, le Parti républicain du peuple (CHP), a encore exigé vendredi la démission de M. Erdogan, qualifié de "dictateur". "La Turquie a besoin d'une classe politique et d'une société propres", a lancé Kemal Kiliçdaroglu.

Les milieux économiques et financiers turcs se sont aussi inquiétés. Déjà affaiblie par la situation des marchés financiers, la devise turque a atteint un plus bas historique vendredi à 2,089 livres pour un dollar et 2,857 livres pour un euro.

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