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20/12/2013 04:35 EST | Actualisé 18/02/2014 05:12 EST

Opération « européenne » en Centrafrique : pas de décision avant janvier 

La décision quant à l'opportunité de lancer une mission de l'Union européenne en République centrafricaine sera décidée en janvier, a annoncé vendredi François Hollande, au terme d'un sommet des dirigeants européens à Bruxelles.

Le président français souhaite que l'opération militaire que mène son pays en République centrafricaine se fasse sous la bannière de « l'Europe » pour qu'elle bénéficie du financement européen.

Le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, a confirmé que les 28 dirigeants ont demandé au chef de la diplomatie de l'UE, Catherine Ashton, « de présenter en janvier des options pour contribuer à la stabilité du pays à travers une mission de l'UE ».

M. Van Rompuy a salué l'intervention française en Centrafrique. « La réponse française en Centrafrique a permis d'éviter le désastre d'une guerre civile, voire même peut-être un génocide », a-t-il affirmé M. Van Rompuy au terme du Conseil européen.

« C'est la deuxième fois en l'espace d'une année que la France, courageusement, prend l'initiative face à une grave crise », a-t-il noté faisant allusion à l'intervention militaire du Mali.

Les 28 États membres doivent approuver une mission de l'UE.

Une situation complexe et volatile

Sur le terrain, les 1600 militaires de l'opération française Sangaris et les 3700 de la Mission internationale de soutien à la Centrafrique (MISCA) peinent à mettre un terme aux violences interreligieuses qui opposent les chrétiens, regroupés dans les milices « anti-balaka » et les combattants musulmans de la Séléka.

Le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, assure que les forces françaises s'appliquent à désarmer les deux camps sans distinction, mais force est de constater que l'objectif de rétablir le calme est loin d'être atteint.

Des fusillades ont éclaté vendredi matin dans plusieurs quartiers de la capitale, Bangui. La nuit a aussi été marquée par des échanges de tirs dans les environs de l'aéroport, où sont regroupés les militaires français et africains, mais aussi près de 40 000 personnes déplacées par les combats. 

Tôt en matinée, plusieurs centaines de personnes, en majorité des jeunes, sont néanmoins venues manifester devant l'entrée de l'aéroport Mpoko pour exiger le départ du président ex-chef rebelle Michel Djotodia, selon l'Agence France-Presse.

Un porte-parole du gouvernement intérimaire a déclaré à l'agence Reuters que les milices « anti-balaka » tentaient d'atteindre le centre de la capitale. « Toute l'activité économique et sociale est interrompue et les habitants, paniqués, ont fui leur domicile ».

Le Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef) craint d'ailleurs « une crise alimentaire », alors que la « saison de la faim [période entre deux récoltes] arrive en janvier », a déclaré un porte-parole, Patrick McCormick.

Le Programme alimentaire mondial (PAM), qui s'attend à devoir venir en aide à 1 million de personnes en 2014, ne cache pas que la situation actuelle constitue un « véritable défi logistique » pour les humanitaires.

Depuis le début des affrontements, le 5 décembre, le PAM a distribué de l'aide à 166 000 personnes dans le pays, mais les 40 000 personnes qui ont trouvé refuge près de l'aéroport n'en reçoivent plus depuis mercredi. Les activités ont été suspendues en raison de pillages perpétrés par des « hommes armés de machettes ».

L'Organisation mondiale de la santé souligne pour sa part que « les centres de santé, les hôpitaux continuent d'être pris pour cible des attaques de la part de miliciens non identifiés ». Un porte-parole, Tarik Jasarevic, note par exemple qu'un hôpital à la sortie de Bangui a été pillé dans la nuit de mardi à mercredi. 

« Nous sommes extrêmement préoccupés par l'intensification des tensions intercommunautaires, un phénomène récent qu'exacerbe la présence de ces hommes en armes parmi la population, et qui alimente le climat de peur qui s'installe dans le pays », soutient de son côté le chef de la délégation du Comité international de la Croix-Rouge en Centrafrique, Georgios Georgantas.

Des renforts

François Hollande a par ailleurs annoncé l'arrivée prochaine en République centrafricaine de 50 militaires et d'un avion de transport Hercules de l'armée de l'air polonaise.

Des tractations diplomatiques se poursuivraient pour que d'autres pays européens consentent à fournir des soldats, qui s'ajouteraient aux 1600 militaires français déjà mobilisés en Centrafrique. La Belgique serait au nombre de ces pays.

Mercredi, le ministre français des Affaires européennes, Thierry Repentin, a déclaré que l'Allemagne et le Royaume-Uni « réfléchissaient » à envoyer des renforts militaires en République centrafricaine.

Le président français a d'ailleurs souligné le « soutien logistique très important » de l'Allemagne, du Royaume-Uni, de la Belgique, de l'Espagne, des Pays-Bas et de la Pologne.

Toutefois, même si d'autres soldats européens étaient déployés dans le pays, les missions les plus dangereuses continueraient d'être confiées aux troupes françaises. Ce serait notamment le cas du désarmement des groupes armés.

Élections anticipées

François Hollande a affirmé que les 3700 soldats africains actuellement déployés en République centrafricaine pourraient voir leur nombre passer à 6000.

« On peut même imaginer que cela puisse aller jusqu'à 9000 », a déclaré le président français.

Par ailleurs, le premier ministre centrafricain, Nicolas Tiangaye, a affirmé, hier, que l'élection présidentielle qui était prévue en 2015 aura lieu l'an prochain. La France avait souhaité que la transition politique soit accélérée, après un coup d'État perpétré en mars dernier.

La République centrafricaine, pays pauvre où vivent environ 5 millions de personnes, est le théâtre d'affrontements entre milices chrétiennes et musulmanes depuis le début du mois.

Selon les Nations unies, les violences ont fait environ 500 morts et 189 000 déplacés seulement à Bangui, la capitale. À l'échelle du pays, ce sont 680 000 personnes qui ont été déplacées.