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20/12/2013 11:53 EST | Actualisé 19/02/2014 05:12 EST

Gaz de schiste: les manifestations au NB cachent un dossier plus vaste

Un obscur conflit entre les Micmacs de l'est du Nouveau-Brunswick et une entreprise à la recherche de gaz de schiste s'est étiré pendant plus de deux ans avant d'occuper l'avant-scène médiatique à l'échelle nationale, il y a deux mois, sur fond d'images de cocktails Molotov enflammés et de voitures de police incendiées.

Jusqu'alors, peu de Canadiens avaient entendu parler de la Première Nation Elsipogtog ou de SWN Resources.

Comme bien d'autres disputes entre autochtones et entreprises espérant exploiter les terres où ils vivent, cet affrontement n'a pas beaucoup attiré l'attention, jusqu'à ce que le tout prenne une tangente violente le 17 octobre. Ce jour-là, 40 manifestants opposés à des tests sismiques ont été arrêtés au beau milieu d'une intervention de l'escouade antiémeute, sur fond de véhicules en flammes.

Cependant, cet affrontement très médiatisé près de Rexton a obscurci un débat plus vaste sur les droits des autochtones et les demandes historiques de la Première Nation Elsipogtog, affirme Chelseal Vowel, une écrivaine métisse et éducatrice qui se spécialise dans le droit autochtone.

«Il existe un contexte plus important de réclamations territoriales non résolues et de plusieurs décisions de la cour qui ont ouvert la voie à la consultation avec les Premières Nations, mais cela est occulté», a-t-elle expliqué en entrevue.

«Tout ce que les gens voient, ce sont les réactions immédiates.»

Au centre de l'affaire se trouvent les Traités de paix et d'amitié, signés en 1760-1761.

En vertu de ces accords historiques, les Micmacs et les Malécites des Maritimes ont accepté certaines alliances économiques et politiques avec la Couronne, mais la Cour suprême du Canada a confirmé en 1999 qu'ils n'avaient cédé aucun droit concernant leurs terres et les ressources qui s'y trouvent.

Selon Michael McClurg, un avocat torontois spécialiste du droit autochtone, ces faits sont essentiels pour comprendre pourquoi les manifestants autochtones se sont sentis justifiés en mettant sur pied de barricades visant à stopper les tests sismiques et empêcher l'éventuelle fracturation hydraulique qui pourrait suivre si d'importantes réserves de gaz de schiste sont découvertes.

«Le droit, dans ce cas, pourrait indiquer que les manifestants ont absolument le droit de se trouver sur leur territoire ancestral et que, en fait, les autres, y compris la Couronne et les compagnies d'exploitation des ressources naturelles, sont des intrus», mentionne-t-il dans un récent billet de blogue.

«Dans les cas comme celui d'Elsipogtog, les injonctions et les interventions de la police ne peuvent et ne devraient pas exister dans un vide, en étant séparés des nuances historiques, culturelles et juridiques extrêmement complexes découlant de la situation.»

Ceux soutenant l'autre camp estiment plutôt que les protestataires ne sont pas au-dessus de la loi, et que c'est là la raison pour laquelle ils auraient dû respecter les injonctions du tribunal visant à éviter les barricades et les confrontations.

Pour M. McClurg, toutefois, c'est une erreur de croire que la loi est un concept rigide qui s'applique uniformément à tous.

«La Cour suprême a parlé de la loi comme d'un concept très nuancé», a-t-il poursuivi, en précisant qu'il ne s'exprimait pas au nom de la communauté d'Elsipogtog.

Même le gouvernement fédéral a reconnu que des décisions successives de la cour avaient clairement indiqué que la Couronne avait l'obligation de consulter les peuples autochtones lorsque des conflits de ce genre éclatent à propos de terres n'ayant jamais été cédées à l'État.

Brian Gallant, chef de l'opposition libérale au Nouveau-Brunswick, croit d'ailleurs que le problème est que le premier ministre progressiste-conservateur David Alward n'a pas correctement consulté les Micmacs, préférant plutôt laisser l'entreprise énergétique se charger du dialogue.

«La Cour suprême du Canada a clairement établi que vous ne pouvez transférer cette obligation de consultation à quiconque. (...) Cela démontre que le gouvernement Alward n'a pas pleinement compris cette responsabilité», a-t-il estimé.

Au début du mois d'octobre, M. Alward et des membres de la Première Nation Elsipogtog se sont entendus pour former un groupe de travail afin d'aider à mettre fin aux manifestations. L'escouade antiémeute de la Gendarmerie royale du Canada a néanmoins forcé les barricades moins de deux semaines plus tard, en affirmant que les négociations ne menaient nulle part.