NOUVELLES
19/12/2013 11:54 EST | Actualisé 18/02/2014 05:12 EST

L'avocat de la famille d'Ashley Smith réclame une enquête criminelle

TORONTO - L'avocat de la famille d'Ashley Smith demande aux autorités de mener une enquête criminelle sur l'administration correctionnelle, à la suite du verdict d'homicide prononcé par le jury à l'enquête du coroner sur la mort de la jeune femme du Nouveau-Brunswick.

La jeune détenue, qui avait tendance à s'automutiler, s'est asphyxiée dans une cellule d'isolement sous le regard des agents correctionnels dans la prison pour femmes de Grand Valley, près de Kitchener, en Ontario, en octobre 2007. La jeune femme, originaire de Moncton, était âgée de 19 ans.

Dans le contexte d'une enquête du coroner, un verdict d'homicide est «neutre» — il n'implique pas de responsabilité ou de blâme, a déjà expliqué le docteur John Carlisle, qui présidait l'exercice. Cinq verdicts étaient possibles pour déterminer la cause du décès de la jeune femme: mort naturelle, mort accidentelle, suicide, homicide, ou cause indéterminée.

On a appris à l'enquête que les agents correctionnels, qui s'étaient d'abord précipités au secours de l'adolescente, ont laissé faire parce qu'ils avaient eu la directive de ne pas intervenir tant que la jeune détenue respirait encore.

L'avocat de la famille Smith, Julian Falconer, prenant la parole après le verdict à Toronto, a soutenu que les autorités devraient rouvrir une enquête criminelle pour les cadres qui ont émis ces directives. «Il est grand temps que les personnes en charge soient tenues responsables», a-t-il dit.

«Service correctionnel Canada (SCC), durant mes décennies de pratique dans ce domaine, a prouvé qu'il était un organisme incontrôlable et non imputable. C'est honteux.»

L'avocat réclame d'ailleurs la démission immédiate du commissaire de SCC, Don Head, qui a mis en garde les jurés contre la possibilité de présenter des recommandations dont la mise en place pourrait coûter cher aux contribuables.

Quatre membres du personnel de première ligne avaient été initialement accusés de négligence criminelle ayant causé la mort d'Ashley Smith, mais ces accusations ont été plus tard retirées. Me Falconer ne veut d'ailleurs pas que les autorités s'intéressent de nouveau à eux.

«Ceux qui ont ordonné de ne pas entrer dans sa cellule — la direction de la prison et leurs cadres subalternes — n'ont pas encore fait l'objet d'une véritable enquête, pas plus qu'ils n'ont dû répondre de leurs actes», dit-il.

La mère est heureuse

Il n'y a eu aucune réponse immédiate de SCC, mais le ministre fédéral de la Sécurité publique, Steven Blaney, a dit avoir demandé à ses fonctionnaires d'examiner les recommandations du jury.

Dans une entrevue, la mère d'Ashley Smith, Coralee Smith, a dit être «très heureuse».

«Les jurés ont fait preuve de beaucoup de courage en posant ce geste, et ils ont pris la bonne décision. C'est la fin, et je crois qu'Ashley est en paix.»

L'enquête du coroner sur la mort d'Ashley Smith avait débuté en janvier, et a entendu 83 témoins pendant 107 jours d'audiences publiques.

On y a entre autres indiqué à quel point le système carcéral était mal adapté pour traiter la jeune femme souffrant de problèmes de santé mentale.

Ashley Smith a passé les trois dernières années de sa vie en isolement, souvent sans rien de plus dans sa cellule que ses vêtements. Durant sa dernière année, elle a été transférée à 17 reprises entre diverses institutions — alors que les autorités remettaient à chaque fois le compteur à zéro pour éviter de réexaminer son statut de mise en isolation.

Les jurés ont par ailleurs réclamé que le vérificateur général effectue un «examen en profondeur» de la façon dont SCC mettra en place leurs 104 recommandations, et fasse rapport sur cette question en 2020.

La première peine de prison de la jeune femme, tout d'abord de 30 jours, a gonflé au fur et à mesure pour atteindre 2239 jours au moment de son décès, majoritairement parce qu'elle s'en était pris aux agents correctionnels et aux autres détenues.