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19/12/2013 09:38 EST | Actualisé 18/02/2014 05:12 EST

Khodorkovski, l'oligarque déchu, prisonnier de Poutine

Mikhaïl Khodorkovski, ex-patron du florissant groupe pétrolier Ioukos et considéré alors comme l'un des oligarques et milliardaires les plus doués de Russie, est devenu le prisonnier le plus célèbre de ce pays pour avoir osé tenir tête à Vladimir Poutine.

L'annonce jeudi par le président russe de la grâce qu'il va accorder M. Khodorkovski "pour des raisons humanitaires" -sa mère étant malade- a été une surprise totale.

M. Khodorkovski avait jusqu'à présent refusé de présenter une demande en grâce et de reconnaître sa culpabilité.

Considéré un temps comme le citoyen le plus riche de Russie, et l'un des plus influents, il a été condamné en 2005 à huit ans de camp pour "escroquerie et fraude fiscale", une peine portée à 14 ans à l'issue d'un deuxième procès en 2010 pour "vol de pétrole et blanchiment" de 23,5 milliards de dollars.

Pour les défenseurs des droits de l'homme et de nombreux observateurs étrangers, Mikhaïl Khodorkovski, aujourd'hui âgé de 50 ans, a été la victime d'un règlement de comptes organisé par Vladimir Poutine. Condamné pour avoir affiché son indépendance et ses ambitions politiques, il est devenu le symbole de la dérive autoritaire de la Russie.

Jeune communiste et ministre

Mais aux yeux de Vladimir Poutine, Mikhaïl Khodorkovski est un escroc : "La place d'un voleur est en prison", a répété à maintes reprises le président russe, en soulignant que ses "crimes" avaient été "prouvés".

M. Poutine l'a également accusé d'avoir du sang sur les mains, le comparant à la fois au mafieux Al Capone et au financier véreux américain Bernard Madoff.

La carrière de cet homme aux fines lunettes et aux cheveux très courts résume la destinée des oligarques russes dans les années 1990. Ces nouveaux capitalistes ont émergé sous la présidence de Boris Eltsine et fait main basse sur des pans entiers de l'économie à travers des privatisations très controversées.

Issu d'une modeste famille moscovite d'ingénieurs, Mikhaïl Khodorkovski fait des études de chimie et d'économie avant de se lancer dans les affaires. A l'époque soviétique, il est membre des Jeunesses communistes (Komsomol) et tisse des liens dans les instances du parti unique.

Avant la chute de l'URSS (décembre 1991), il fonde à 26 ans la banque Menatep qui lui permet de prendre le contrôle dans des conditions opaques de la compagnie de Ioukos. Il occupe en outre brièvement le poste de ministre de l'Energie en 1993.

Au début des années 2000, Mikhaïl Khodorkovski change de stratégie et devient le premier oligarque en Russie à opter pour une gestion à l'occidentale, devenant un modèle pour les investisseurs.

Il envisage alors un mariage entre Ioukos et la major américaine ExxonMobil, aide financièrement l'opposition russe et injecte des millions dans des programmes de soutien à la société civile.

"Je ne veux pas mourir en prison"

Porté par le boom du marché pétrolier, Ioukos devient le numéro un du secteur en Russie et Mikhaïl Khodorkovski la plus grosse fortune du pays, avec quelque 15 milliards de dollars, selon le magazine Forbes.

Début 2003, une rencontre au Kremlin entre une vingtaine d'oligarques et le président Poutine tourne à l'orage.

Mikhaïl Khodorkovski, le seul à cette réunion à être sans cravate, appelle à agir contre la corruption au sommet de l'Etat et cite nommément des proches de M. Poutine.

Ce dernier réplique : "M. Khodorkovski, êtes-vous sûr d'être en règle avec le fisc ?". "Absolument !", rétorque l'intéressé. "Eh bien, on verra", assène M. Poutine dans un silence glacial.

Le 25 octobre de la même année, Mikhaïl Khodorkovski est arrêté sur l'aéroport de Novossibirsk (Sibérie) où son avion faisait une escale technique, inculpé d'escroquerie de grande ampleur et d'évasion fiscale.

Après deux procès et dix ans passés derrière les barreaux, il devait sortir de prison en août 2014, à l'expiration de sa peine.

Des médias russes avaient évoqué ces derniers mois la possibilité d'un troisième procès, après la diffusion par des télévisions proches du pouvoir de documentaires insinuant que l'ex-oligarque était responsable de l'assassinat en 1998 du maire d'une petite ville de Sibérie occidentale.

Toujours insoumis, Mikhaïl Khodorkovski avait lancé, avant sa deuxième condamnation : "Je ne veux pas mourir en prison, mais mes convictions valent que je risque ma vie".

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