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19/12/2013 07:10 EST | Actualisé 18/02/2014 05:12 EST

Egypte: un militant recherché par la justice arrêté au siège d'une ONG

La police égyptienne a arrêté une figure de l'opposition à l'ex-président Hosni Moubarak, recherchée par la justice, après une perquisition au siège d'une ONG au Caire, a annoncé cette organisation de défense des droits de l'Homme jeudi.

La police a arrêté six personnes dans les locaux du Centre égyptien pour les droits économiques et sociaux mercredi soir. Elle a ensuite relâché cinq [bien CINQ] d'entre eux, à l'exception du militant Mohamed Adel, actuellement jugé pour "manifestation illégale".

M. Adel, jusqu'alors en fuite, est poursuivi aux côtés de deux autres figures du mouvement laïque en Egypte pour une manifestation fin novembre, interdite en vertu d'une récente loi obligeant les organisateurs de tout rassemblement à obtenir l'aval du ministère de l'Intérieur.

Ses co-accusés, Ahmed Maher et Ahmed Douma, sont des dirigeants du mouvement du 6-Avril, très actif lors la révolte du début 2011 qui a chassé M. Moubarak du pouvoir. Le verdict dans cette affaire est attendu dimanche.

"Des officiers de police sont entrés dans les locaux vers 23H30 (mercredi, 21H30 GMT) et ont arrêtés tous ceux qui s'y trouvaient", a indiqué le directeur du Centre, Nadim Mansour. L'ONG a ensuite indiqué sur Twitter que ses membres avaient été libérés, mais pas M. Adel.

Le Centre égyptien pour les droits économiques et sociaux, fondé par le candidat malheureux à la présidentielle Khaled Ali, inlassable militant anti-corruption, a notamment soutenu les grèves dans plusieurs usines du pays et défendu des militants poursuivis en justice.

Ses locaux avaient été fouillés et mis à sac jeudi matin, a constaté un journaliste de l'AFP, tandis que trois disques durs d'ordinateur avaient été confisqués.

Dans l'une des salles, deux écrans d'ordinateur avaient été renversés sur des tables, des chaises gisaient au sol, des fils électriques avaient été arrachés, selon le journaliste.

Pour l'une des personnes arrêtées, Mostafa Eissa, qui dirigeait la section en charge de la documentation et des médias, cette perquisition visait à arrêter M. Adel.

"Il était avec nous au bureau quand ils sont arrivés. Alors qu'on nous a gardé les yeux bandés et les menottes au poignet, lui a été emmené seul dans une pièce loin de nous", a-t-il expliqué à l'AFP.

"Ce matin non plus, (Mohamed Adel) n'était pas avec nous quand nous avons été libérés", a-t-il ajouté.

Mahmoud Bilal, un avocat travaillant avec cette ONG, également arrêté, a affirmé qu'une cinquantaine de policiers en civil avaient mené la perquisition. "Ils nous ont bandé les yeux, passé les menottes et nous ont emmené dans un lieu inconnu (...) Nous sommes restés toute la nuit, dos au mur, les yeux bandés et les poignets menottés", a-t-il dit à l'AFP.

Le ministère de l'Intérieur n'était pas joignable dans l'immédiat.

Amnesty International a demandé dans la soirée aux autorité égyptiennes d'ouvrir une enquête sur les accusations de mauvais traitement portées par les membres du Centre arrêtés. Selon l'organisation, les hommes ont tous affirmé avoir été frappés pendant leur arrestation.

Dans son communiqué, Amnesty demande également aux autorités de révéler "immédiatement" où se trouve Mohamed Adel.

En 2011, la police avait perquisitionné plusieurs ONG étrangères accusées par le parquet de recevoir illégalement des fonds étrangers. Quarante-trois employés, dont des Américains, avaient ensuite été condamnés à des peines allant d'un à cinq ans de prison.

Les médias officiels accusent régulièrement des organisations des droits de l'Homme de constituer une "cinquième colonne", appelant à enquêter sur eux.

Déjà engagées dans une sanglante répression --plus de 1.000 morts-- des partisans du président islamiste Mohamed Morsi destitué par l'armée, les nouvelles autorités se sont lancées dans un bras de fer avec les militants laïques en promulguant fin novembre une loi controversée sur le droit de manifestation.

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