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19/12/2013 08:42 EST | Actualisé 18/02/2014 05:12 EST

Crise en Ukraine : Ianoukovitch met en garde l'Occident contre toute ingérence

Le président ukrainien Viktor Ianoukovitch, soutenu par son homologue russe Vladimir Poutine, a mis en garde jeudi les Occidentaux contre toute "ingérence" dans la crise politique en Ukraine, où l'opposition pro-européenne conteste son régime dans la rue depuis près d'un mois.

Accusé par l'opposition d'avoir bradé au profit de Moscou la souveraineté de l'Ukraine, le chef de l'Etat a défendu les accords économiques controversés conclus mardi en Russie et dénoncé les "tentatives anticonstitutionnelles de prise du pouvoir", dans une interview télévisée.

"Il est très important qu'il n'y ait pas d'ingérences dans nos affaires intérieures", a-t-il déclaré, après que plusieurs responsables européens, dont le ministre allemand des Affaires étrangères d'alors Guido Westerwelle et la secrétaire d'Etat adjointe américaine Victoria Nuland, avaient apporté leur soutien aux manifestants ukrainiens.

Donneurs de leçons s'abstenir

Les Etats-Unis ont même déclaré envisager de sanctionner les fonctionnaires ukrainiens responsables de la répression contre les manifestants.

"Je suis catégoriquement contre ceux qui viennent dans le pays pour nous donner des leçons", a poursuivi Viktor Ianoukovitch.

Le ministère ukrainien des Affaires étrangères a appelé dans la foulée les étrangers à se comporter comme "des observateurs objectifs et impartiaux" en ajoutant que les Ukrainiens étaient eux-mêmes capables de "trouver un compromis".

Dans un geste de conciliation, le Parlement dominé par les alliés de M. Ianoukovitch a voté jeudi une amnistie des manifestants qui "ont pris part dans les actions de protestations depuis le 21 novembre", date du début de la contestation.

M. Ianoukovitch s'en est en revanche pris aux leaders de l'opposition qui "tentent de prendre le pouvoir de façon anticonstitutionnelle" sur Maïdan, la place de l'Indépendance, haut lieu de la contestation, en leur conseillant d'attendre la présidentielle de 2015.

Alors que l'opposition l'accuse d'avoir "mis l'Ukraine en gage", en obtenant un crédit de Moscou, il a souligné que cette aide économique permettrait de relancer l'économie ukrainienne et n'empêcherait en rien Kiev de poursuivre sur la voie de l'intégration européenne.

La Russie a accordé 15 milliards de dollars à Kiev en achetant des obligations ukrainiennes, a réduit d'un tiers le prix du gaz qu'elle lui livre, désormais au niveau préférentiel réservé à certains autres pays de l'ex-URSS, et a levé les obstacles au commerce imposés ces derniers mois.

M. Ianoukovitch a éludé une question portant sur ce qu'il avait promis en échange, mais il n'a pas exclu que l'Ukraine accepte "certaines clauses de l'Union douanière" d'ex-républiques soviétiques pilotée par Moscou.

Aide au "peuple frère"

Le président russe Vladimir Poutine a de son côté assuré avoir agi en "peuple frère" avec l'Ukraine.

"Nous disons souvent que c'est un peuple frère, un pays frère, alors nous devons agir comme de proches parents et soutenir le peuple ukrainien qui est dans une situation difficile", a déclaré M. Poutine, accusé d'avoir fait pression sur l'Ukraine pour l'empêcher de conclure en novembre un accord d'association avec l'Union européenne.

"Personne n'a jamais essayé d'étouffer son voisin", a-t-il déclaré, affirmant que la Russie n'avait "rien contre cet accord d'association" avec l'UE.

La volte-face du pouvoir ukrainien, qui a annoncé au dernier moment son refus de signer, a déclenché une contestation sans précédent avec la mobilisation de centaines de milliers de manifestants à Kiev les trois dimanches derniers.

La mobilisation est depuis en baisse, 50.000 personnes seulement ayant répondu à l'appel mardi au moment de la visite de M. Ianoukovitch à Moscou.

Face à cette nouvelle donne, les dirigeants de l'Union européenne qui se retrouvaient jeudi pour un sommet devraient adresser un message de soutien au peuple ukrainien.

"Je regrette la décision du président Ianoukovitch de ne pas signer, ou du moins de ne pas signer pour le moment", l'accord d'association entre l'Ukraine et l'UE, mais "l'offre reste sur la table", a déclaré mercredi la chancelière allemande Angela Merkel dans un discours devant les députés allemands.

Le nouveau ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, a de son côté jugé "révoltante" la manière dont la Russie "a exploité la situation d'urgence économique de l'Ukraine", en estimant que les Européens avaient de leur côté sous-estimé le niveau d'aide économique qu'il convenait de proposer à Kiev.

neo/bfi/via