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18/12/2013 12:45 EST | Actualisé 16/02/2014 05:12 EST

Un an après avoir fait tanguer Madrid, Bankia retrouve le devant de la scène

Sa quasi-faillite en 2012 avait poussé l'Espagne à demander une aide européenne de plus de 40 milliards d'euros pour ses banques, mais désormais Bankia n'est plus le mouton noir du secteur, s'apprêtant à revenir lundi dans l'indice vedette de la Bourse de Madrid.

Il y a dix-huit mois, "Bankia était un des problèmes de l'économie espagnole", confessait récemment à la presse le ministre de l'Economie Luis de Guindos. Désormais, elle "est une des solutions".

La vie de cette banque, née de l'union en 2010 de sept caisses d'épargne dont la prestigieuse Caja Madrid, a en effet pris des allures de montagnes russes depuis son entrée en Bourse, lors d'une cérémonie en grande pompe en juillet 2011, jusqu'à sa nationalisation en mai 2012.

L'Etat espagnol, forcé de voler à son secours en injectant quelque 20 milliards d'euros, un sauvetage historique, avait ensuite dû demander une aide européenne de 41,3 milliards pour le secteur.

Le 23 décembre, la banque, assainie et remodelée, reviendra dans l'Ibex-35, indice phare de la Bourse madrilène, dont elle avait été exclue le 2 janvier en raison de sa restructuration.

Signe que son évolution est le parfait reflet de la situation du pays, elle retrouve le devant de la scène un mois jour pour jour avant la fin du programme d'aide au secteur financier.

Quatrième banque espagnole avec une capitalisation de 12 milliards, "c'était une candidate évidente à revenir dans l'Ibex-35", explique Javier Urones, analyste à la maison de courtage XTB.

Et ce retour "est un bon signe car cela donne à la valeur énormément de visibilité à l'extérieur, permettant que de nombreux investisseurs internationaux s'y intéressent".

Pour Jorge Soley, professeur de direction financière à l'IESE Business School, ce retour en grâce est une récompense car "Bankia s'est beaucoup assainie": grâce à une nouvelle équipe, plus professionnelle, "elle a fait ses devoirs".

En se débarrassant de ses actifs immobiliers douteux et en vendant plusieurs participations, elle est revenue dans le vert, avec un bénéfice net de 161 millions d'euros au troisième trimestre.

Désormais Bankia, qui a 7 millions de clients, est "une entité solvable et bien capitalisée" et "nous devons la rendre rentable", affirme son président José Ignacio Goirigolzarri.

Cette révolution a un coût social: de 3.100 agences, le groupe est passé sous les 2.000. D'ici 2015 il supprimera 6.000 emplois, 28% de son effectif.

Les actionnaires ont aussi avalé une potion amère, voyant la valeur de leurs titres s'effondrer de 90% depuis l'entrée en Bourse.

A chacune de ses interventions ou presque, le président de Bankia est accueilli par des dizaines de retraités, qui protestent d'avoir perdu leurs économies dans les actions préférentielles que la banque les avait convaincus d'acheter.

"C'est une banque qui a une très mauvaise image en Espagne", reconnaît Javier Urones, et "qui a encore beaucoup de chemin à parcourir pour être seulement comparable aux autres poids lourds du secteur financier espagnol".

Son "grand point négatif"? "Son portefeuille d'investissements immobiliers", dont "près de 100% de l'activité est localisée en Espagne", pays qui croule sous les logements invendus.

"Il lui reste encore beaucoup à faire", renchérit Alberto Roldan, analyste chez Lloyds Bank: "terminer la restructuration, vendre des filiales, réorganiser la taille du groupe, optimiser son portefeuille de clients et, ne l'oublions pas, en dernière étape, rendre l'argent (public) qu'on lui a injecté".

Parallèlement, ses ennuis judiciaires sont loin d'être terminés.

Une trentaine d'anciens responsables sont poursuivis pour escroquerie, détournement de fonds et falsification de comptes.

L'avenir de Bankia? Etre vendue. L'Union européenne a donné jusqu'à 2017 au gouvernement, qui détient 70% du capital, pour la privatiser, et ce dernier dit avoir déjà reçu plusieurs signes d'intérêt.

"Je crois que cela ne presse pas", commente Alberto Roldan, car la banque "va continuer son processus de restructuration pendant 2014".

Maintenant, assure Javier Urones, "jusqu'à 2017 elle a la voie libre pour essayer de laver son image, faire remonter son titre et retrouver la confiance des investisseurs".

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