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18/12/2013 06:18 EST | Actualisé 17/02/2014 05:12 EST

L'opération anticorruption contre des proches du gouvernement agite la Turquie

L'opération anticorruption au cours de laquelle trois fils de ministres, un maire du parti au pouvoir et des hommes d'affaires ont été arrêtés a créé une onde de choc en Turquie, où l'opposition a exigé la démission du gouvernement islamo-conservateur.

Plus de cinquante personnes, selon les médias turcs, se trouvaient toujours mercredi en garde à vue dans le cadre de cette affaire, sur fond de règlement de comptes entre le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan et la toute-puissante confrérie du prédicateur musulman Fetullah Gülen.

Cinq hauts gradés de la police d'Istanbul, dont celui de la direction financière qui a mené le coup de filet lancé mardi à l'aube dans la mégapole turque, ont été démis de leurs fonctions et remplacés pour avoir "outrepassé leur pouvoirs", a indiqué leur direction.

De même, deux nouveaux procureurs ont été nommés pour assister les deux magistrats déjà chargés de superviser l'enquête, "compte tenu de l'importance de l'investigation", a indiqué le bureau du procureur d'Istanbul dans un communiqué.

Ces décisions prises dans l'urgence soulignent l'embarras suscité au plus haut niveau de l'Etat par cette affaire, qui met en cause de nombreuses personnalités considérées comme proches du gouvernement et de son chef.

Parmi les gardés à vue figurent le PDG de la banque publique Halk Bankasi, Süleyman Aslan, des patrons, des hommes d'affaires ou des membres du Parti de la justice et du développement (AKP) au pouvoir, dont le maire du très conservateur district stambouliote de Fatih, Mustafa Demir.

Les fils des trois ministres de l'Intérieur Muammer Güler, de l'Economie Zafer Caglayan et de l'Environnement Erdogan Bayraktar étaient également toujours interrogés par la police, achevant de donner un tour très politique au scandale.

Tous sont soupçonnés de corruption active, de fraude ou de blanchiment d'argent dans trois enquêtes différentes ouvertes il y a plusieurs mois par le parquet d'Istanbul.

Selon les détails qui ont filtré mercredi dans la presse turque, la première vise un homme d'affaires originaire d'Azerbaïdjan, Rezza Zarrab, suspecté d'avoir payé des pots de vins pour cacher certaines transactions, notamment des ventes illégales d'or à l'Iran sous embargo international, via la Halk Bankasi.

Selon l'agence de presse Dogan, la police a saisi 4,5 millions de dollars en liquide au domicile du PDG de cette banque, dissimulés dans des cartons à chaussures.

Appel à la démission

Les deux autres enquêtes concernent le versement de dessous-de-table à des proches du gouvernement en marge de marchés publics immobiliers.

Mardi soir, le vice-Premier ministre et porte-parole de l'AKP Huseyin Celik a assuré que ces enquêtes iraient jusqu'au bout. "Notre gouvernement est très sensible à la corruption depuis le jour où il a pris le pouvoir (en 2002)", a assuré M. Celik. "Dans un Etat de droit, tout le monde est égal devant la loi".

Sitôt la personnalité des personnes mises en cause, de nombreux observateurs ont vu dans cette affaire un nouvel épisode du conflit qui oppose M. Erdogan à l'organisation du prédicateur musulman Fetullah Gülen, baptisée "hizmet" (le service).

Jusque-là soutien indéfectible du gouvernement, la confrérie de M. Gülen est entrée en guerre contre lui depuis sa récente décision de supprimer les écoles de soutien scolaire privées, une de ses importantes sources de revenus.

Le mouvement de M. Gülen est réputé très influent dans la police et la justice turques.

Le chef du gouvernement a lui-même apporté de l'eau au moulin de ces spéculations en dénonçant mardi les "menaces" et les "alliances nauséabondes", sans toutefois faire explicitement référence au raid de la police.

Annoncée largement battue au prochain scrutin local, l'opposition s'est saisie de l'affaire pour exiger la démission de M. Erdogan.

"C'est le plus grand scandale de l'histoire de la République", a lancé le député Engin Altay, du Parti républicain du peuple (CHP), "le Premier ministre doit démissionner".

"Nous sommes confrontés à un règlement de comptes au sommet de l'Etat entre Erdogan et Gülen", a souligné à l'AFP un de ses collègues, Engin Altay, lui aussi du CHP, "il est dramatique de voir la Turquie réduite à une telle situation".

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