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18/12/2013 03:53 EST | Actualisé 17/02/2014 05:12 EST

Le parti au pouvoir au Nigeria perd sa majorité, une situation sans précédent

LAGOS, Nigeria - Le parti au pouvoir au Nigeria, déchiré par des luttes internes, a perdu sa majorité à la Chambre des représentants, mercredi, après la défection de 37 députés qui ont joint les rangs d'une nouvelle coalition de l'opposition, un important revers pour le président Goodluck Jonathan avant les élections de 2015.

Il s'agit d'une situation sans précédent pour un parti au pouvoir au Nigeria, laissant croire qu'un affrontement électoral difficile attend le Parti démocratique populaire, qui a remporté toutes les élections depuis que le gouvernement civil a été rétabli en 1999, mettant fin à des décennies de dictature militaire.

Le président Jonathan n'a pas dit s'il comptait se présenter de nouveau à la présidence, mais ses ambitions semblent claires pour plusieurs de ses collègues, qui l'ont prévenu de ne pas perturber l'équilibre délicat entre les musulmans et les chrétiens du pays et de respecter la règle tacite du parti selon laquelle la présidence doit alterner entre les deux religions.

Le Nigeria, pays le plus peuplé d'Afrique, est partagé à part quasi égales entre une population musulmane dans le nord et une population chrétienne dans le sud.

Selon une lettre des transfuges lue mercredi à la Chambre des représentants à Abuja, la capitale, les députés ont décidé de changer de camp à cause des divisions au sein du parti.

Cinq gouverneurs d'État ont fait défection le mois dernier, laissant le parti au pouvoir avec moins de gouverneurs que le Congrès progressiste, la coalition de l'opposition.

Plusieurs de ceux qui ont fait défection ont indiqué leur désir de voir le Parti démocratique populaire désigner un candidat musulman pour l'élection présidentielle de 2015.

Goodluck Jonathan, un chrétien issu d'une ethnie minoritaire, est accusé de fermer les yeux sur la corruption massive et d'alimenter les divisions au sein du parti et dans le pays alors que son gouvernement lutte contre une sanglante rébellion islamiste dans le nord-est, des affrontements ethnoreligieux persistants dans le centre et une résurgence de la rébellion armée dans le sud du pays, riche en pétrole.

Les opposants du président l'accusent aussi de laisser faire les vols de pétrole menés par des bandes armées au bénéfice des politiciens. Les experts estiment que le Nigeria perd jusqu'à 200 000 barils de pétrole par jour à cause des vols.

Le président est également critiqué pour n'avoir rien fait après une plainte formelle de la Banque centrale cette année, qui a dénoncé la disparition de 43,75 millions $ US en revenus pétroliers des coffres de l'État.

Lundi, 46 organisations pro-démocratiques ont exigé la tenue d'une enquête sur les allégations voulant que M. Jonathan soutienne un escadron de la mort qui aurait pour objectif d'éliminer plus de 1000 ennemis politiques.