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18/12/2013 12:03 EST | Actualisé 17/02/2014 05:12 EST

Avec Iyad Sarraj, les Palestiniens perdent un pionnier de la lutte non violente

Le psychiatre Iyad Sarraj, emporté par un cancer, était une des consciences de la société civile palestinienne, militant intraitable d'une lutte non violente contre l'occupation israélienne et critique sévère des dirigeants de son peuple.

Pionnier de la psychiatrie dans la bande de Gaza, le Dr Sarraj, qui a succombé mardi à 70 ans après un long combat contre la maladie, s'efforçait aussi d'ancrer dans la société palestinienne la foi dans une résistance non violente à Israël.

Au lendemain de la mort de Nelson Mandela, le 6 décembre, il avait accepté une interview avec l'AFP sur la disparition du héros de la lutte contre l'apartheid, mais un de ses médecins s'y était opposé, en raison de son état de santé.

Décédé dans un hôpital israélien, Iyad Sarraj a été enterré mercredi à Gaza.

Le chef du gouvernement du Hamas à Gaza, Ismaïl Haniyeh, l'a qualifié de "fédérateur des groupes de la scène palestinienne", lors de la cérémonie d'hommage à la mosquée Al-Omari, soulignant la représentation de tous les mouvements palestiniens à ses funérailles.

Né en 1943 à Beersheva, alors en Palestine sous mandat britannique, Iyad Sarraj a connu le déracinement lorsque sa famille a dû se réfugier à Gaza en 1948 lors de la création d'Israël.

Après avoir étudié à Alexandrie (Egypte) et à Londres, il est devenu en 1977 le premier psychiatre à exercer dans l'enclave palestinienne, où il a fondé en 1990 le Programme communautaire de santé mentale à Gaza, une ONG destinée au traitement des troubles mentaux des enfants, des femmes et des victimes de violence.

Le Dr Sarraj s'est ainsi fait connaître en exposant l'impact du conflit sur les enfants de la bande de Gaza.

Mais c'est surtout son action pour la paix avec Israël, où il était un des interlocuteurs de la gauche, et son inlassable plaidoyer pour un soulèvement non armé, qui lui ont valu une renommée internationale.

Peu après le début de la deuxième Intifada (2000-2005), il militait pour suivre l'exemple de Gandhi et Martin Luther King.

'La répression destructrice pour la santé mentale'

Iyad Sarraj a également témoigné devant la commission "Goldstone" de l'ONU enquêtant sur les accusations de crimes de guerre pendant l'opération israélienne "Plomb durci" dans la bande de Gaza, en décembre 2008-janvier 2009.

Après avoir connu les centres de détention israéliens, comme de très nombreux Palestiniens, il a fait l'expérience en 1995-1996 des mauvais traitements dans les prisons de l'Autorité palestinienne pour avoir critiqué la corruption de celle-ci et les sévices infligés aux détenus.

L'Organisation de libération de la Palestine (OLP) dirigée par le président de l'Autorité palestinienne et chef du Fatah Mahmoud Abbas, qui gouverne les zones autonomes de Cisjordanie, a rendu hommage à "un grand militant qui a laissé une profonde empreinte dans la lutte des Palestiniens".

Le Hamas a salué une vie "au service du peuple palestinien et de la résistance à l'occupation sioniste et à toutes les formes de racisme".

Iyad Sarraj a été couronné par de nombreuses distinctions, notamment le Prix Olof Palme 2010 pour avoir "mis au jour l'influence destructrice de la répression sur la santé mentale".

Le Centre palestinien pour les droits de l'Homme (PCHR), basé à Gaza, lui sait gré d'avoir "accompli son devoir patriotique et sa tâche inlassable pour soigner les divisions palestiniennes, malgré sa maladie".

Ces dernières années, il s'était impliqué dans la réconciliation entre le Fatah et le Hamas, présidant à Gaza la commission de réconciliation sociale créée à la suite de la signature en 2011 d'un accord entre les deux mouvements palestiniens rivaux, resté pour l'essentiel lettre morte.

Dans une interview à l'AFP au début des années 2000, il expliquait que les enfants les plus traumatisés par le conflit étaient ceux qui avaient perdu leur mère ou leur maison: "La mère parce que c'est le symbole de la persistance de l'amour, et la maison parce que c'est le symbole de la persistance de la sécurité".

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