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17/12/2013 12:45 EST | Actualisé 15/02/2014 05:12 EST

Sommet/UE: les Européens avancent face à la crise mais piétinent politiquement

Les dirigeants européens se retrouvent jeudi à un moment où l'UE avance dans ses réponses à la crise, mais continue à piétiner politiquement, comme l'illustre la situation en Ukraine, à moins de six mois d'élections européennes à risque.

Ce sommet de fin d'année va se tenir dans la foulée de l'investiture de la chancelière Angela Merkel à la tête d'un gouvernement de grande coalition, qui ne peut que renforcer l'influence déjà puissante de l'Allemagne au sein de l'Union européenne.

Après des mois de blocage, dû notamment à la préparation des élections allemandes puis aux longues négociations pour la formation du gouvernement, les Européens espèrent que certains chantiers vont enfin aboutir.

L'union bancaire constitue le principal dossier en souffrance. Les ministres des Finances des principaux pays de la zone euro se sont retrouvés une nouvelle fois lundi soir à Berlin, avant une réunion de l'Eurogroupe mardi puis des 28 mercredi à Bruxelles. Un marathon à la veille du sommet pour tenter d'arracher un accord. Ils doivent impérativement le faire d'ici la fin de l'année pour que le texte puisse être définitivement adopté avant les européennes de mai 2014.

Avant même d'être reconduit au ministère des Finances, Wolfgang Schäuble avait assoupli sa position, ouvrant la voie à un compromis, notamment avec la France.

Les Européens avancent aussi à pas comptés sur un autre projet censé limiter les risques de nouvelle crise: l'approfondissement de l'union économique et monétaire, autant dire le renforcement du contrôle des politiques économiques des Etats membres.

Les Allemands insistent depuis plus d'un an pour mettre en place un mécanisme qui sanctuarise la rigueur, alors que les Français mettent l'accent sur la solidarité entre les Etats membres. Là aussi, "le changement politique en Allemagne a facilité les choses", estime une source européenne. Si les positions se rapprochent, les chefs d'Etat et de gouvernement ne devraient se fixer l'objectif d'atteindre un "accord global" qu'en juin 2014, soit après les européennes.

"Question de crédibilité"

Pour autant, l'Europe ne peut "se contenter d'entériner des compromis diplomatiques alambiqués sur des sujets techniques (...) qui ne sauraient tenir lieu de vision de long terme", estime Jean-Dominique Giuliani, le président de la fondation Schuman, qui plaide pour une relance vigoureuse du traditionnel moteur franco-allemand.

Signe de sa bonne volonté malgré des relations heurtées depuis l'arrivée de François Hollande à l'Elysée, Mme Merkel se rendra dès mercredi à Paris pour rencontrer le président français. "Nous allons essayer (...) de bâtir un projet commun à proposer à l'ensemble des pays d'Europe (...), l'objectif étant de permettre aux Européens d'aimer de nouveau l'Europe", a assuré le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius.

L'Ukraine aurait pu constituer une démonstration de cette volonté européenne, après la crise déclenchée par le refus fin novembre du président Viktor Ianoukovitch de signer un accord d'association avec l'UE. Mais s'ils répètent à l'envi que la porte "reste ouverte", ils n'ont toujours pas trouvé les arguments pour convaincre Kiev, soumis à une intense pression de la Russie, de choisir la voie européenne.

Pour Dmitri Trenin, du centre de réflexion Carnegie Europe, l'UE se trouve à un moment-clé s'il elle veut devenir un "acteur stratégique" face aux autres puissances. "C'est une question de crédibilité".

Autre sujet test: l'Europe de la défense. Sous la pression de budgets en constante régression, elle passe par une mutualisation des moyens, mais aussi par le renforcement des capacités industrielles communes, un sujet sensible pour nombre de capitales. A défaut de grands progrès, les dirigeants de l'UE devraient s'entendre pour mieux coopérer dans les drones ou la cyberdéfense.

Parallèlement, la France, engagée dans des opérations militaires coûteuses en Afrique sous mandat de l'ONU et avec le soutien de l'UE, veut en profiter pour demander à ses partenaires de contribuer à la facture. Mais elle aura du mal à les convaincre de créer le fonds européen qu'elle appelle de ses voeux pour financer les interventions d'urgence.

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