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17/12/2013 10:38 EST | Actualisé 16/02/2014 05:12 EST

Le sapin de Noël canadien menacé par les produits américains et chinois

Le sapin de Noël canadien n'est plus roi dans les maisons. En cinq ans, près d'une centaine de fermes cultivant les sapins de Noël ont disparu et la superficie des terres destinées à la culture d'arbres de Noël a décliné.

Face à la concurrence du sapin de Noël naturel américain et de l'artificiel chinois, des producteurs se tournent vers l'autocueillette et de nouveaux marchés.

Un reportage de Marie-Laure Josselin

En 2012, le Canada a exporté près de 1,6 million d'arbres pour un montant de 26,7 millions de dollars, essentiellement vers les États-Unis. Mais le voisin américain a, lui, envoyé pour 4,9 millions de dollars de sapins au Canada.

Les revenus des cultivateurs d'arbres de Noël au Canada ont baissé de 2,3 % en un an, s'établissant à 52 millions de dollars en 2012. La compétition est venue de la Caroline du Nord, qui brade ses produits, explique Daniel Crête, un producteur.

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Une des solutions préconisées par les producteurs : développer d'autres marchés comme Dubaï, le Japon, les Bahamas, etc.

Autre concurrence, celle des sapins artificiels, provenant pour la quasi-totalité de Chine. Le Canada importe pratiquement deux fois plus de sapins artificiels chinois qu'il exporte de sapins naturels.

Chez Canadien Tire, on affirme que le marché des sapins artificiels a sans aucun doute subi une croissance importante dans les dernières années, les modèles pré-illuminés sont très appréciés. De plus, explique la compagnie, de plus en plus de Canadiens achètent un second sapin pour leur demeure. 

Selon une étude réalisée par le groupe Ellipsos de Montréal en 2008, 72 % des ménages québécois avaient un arbre artificiel contre 63 % en 1996. L'étude révélait aussi qu'un arbre de Noël artificiel devrait être utilisé pendant au moins 20 ans, afin d'avoir aussi peu d'impact sur l'environnement que le sapin de Noël naturel.

L'autocueillette de sapins de Noël

Certains producteurs misent désormais sur l'autocueillette. C'est le cas de la famille Lapointe, à Sainte-Angèle-de-Monnoir.

Après une petite ballade en tracteur, Yan Hapanowicz et sa famille ont arpenté, assez rapidement, car il faisait - 23 degrés, la terre à la recherche du meilleur sapin pour la maison. Avant ils l'achetaient artificiel, mais pour les enfants, le sapin frais a pris le dessus.

« L'expérience d'être dehors, dans la neige, en famille, ça a beaucoup de valeur », d'autant plus que c'est l'acheteur qui va scier son sapin, explique Serge Lapointe, qui a repris la ferme de son papa Lucien. Il assure que les gens qui viennent, environ 400 familles chaque année, sont des fanatiques de Noël.

Le sapin de Noël, c'est une histoire de famille qui a commencé par Lucien, 79 ans, toujours prompt à raconter une anecdote. Trop sensible, il a préféré les sapins aux animaux, comme il l'explique.

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Alors qu'il était sur les marchés de Montréal, il a eu l'idée de proposer l'autocueillette, il y a dix ans. « Voyez le résultat », montre Lucien, en regardant les familles buvant un chocolat chaud ou un café dans une maisonnette où le père Noël discute avec les enfants. « C'est merveilleux! Le sapin apporte du bonheur dans la maison et ça fait des journées en famille », se réjouit-il.

La famille Lapointe délaisse l'exportation, affectée par la concurrence, pour aller vers l'autocueillette, un choix judicieux même si, Serge Lapointe l'avoue, le facteur chance était avec eux, car ils ne savaient pas que le marché allait évoluer. 

Reste le problème de la main d'oeuvre qui se fait sentir dans le secteur. Simon, un sapin sur l'épaule pour le client, aime aider son père et son grand-père. À 16 ans, il étudie encore, mais il ne sait toujours pas s'il reprendra la ferme familiale.