NOUVELLES
17/12/2013 01:14 EST | Actualisé 16/02/2014 05:12 EST

Le pape déclare saint son jésuite préféré, le Français Pierre Favre

Le pape François a déclaré saint mardi, le jour de son 77ème anniversaire, son modèle jésuite préféré, le Français Pierre Favre (1506-1546), originaire de Savoie et ami du fondateur de la compagnie de Jésus, Ignace de Loyola, a annoncé le Vatican.

Au cours d'une audience accordée au préfet de la Congrégation des causes des saints, le cardinal Angelo Amato, le pape a déclaré saint ce jésuite français sans qu'une cérémonie de canonisation soit nécessaire.

Ce décret était attendu depuis plusieurs semaines mais il est ratifié, hasard ou non, le jour de l'anniversaire de Jorge Mario Bergoglio.

Pierre Favre est un des modèles du pape François, selon ses propres confidences. Il avait parcouru les routes d'Europe avant le Concile de Trente, allant à la rencontre de personnes de toutes conditions, y compris des adversaires, résistant à la montée de l'intolérance religieuse et tentant un oecuménisme avant la lettre avec les protestants.

Le pape argentin souhaitait vivement que ce religieux resté dans l'ombre de ses célèbres contemporains jésuites, Saints Ignace et François-Xavier, béatifié par Pie IX (1846-1878) en 1872, soit proclamé saint.

Comme il l'a fait pour la prochaine canonisation de l'ancien pape Jean XXIII, en avril, François n'a pas attendu que la Congrégation des causes des saints valide un miracle obtenu par son intercession.

Ce type de canonisation est très rare. Dans ces cas-là, c'est la section historique de la Congrégation qui est chargée d'enquêter sur des personnes faisant l'objet d'un culte déjà ancien et reconnu, en s'appuyant sur les récits dignes de foi de miracles advenus avant ou après la mort du futur saint.

Dans sa longue interview publiée par les revues jésuites du monde entier, en septembre, François avait révélé que Favre était sa figure jésuite préférée. Il insistait sur la capacité du Savoyard à dialoguer avec tous, y compris avec "les plus lointains" et "les adversaires de la Compagnie". Il relevait également sa "piété simple, une certaine ingénuité peut-être, sa disponibilité immédiate, son discernement intérieur attentif".

En 1525, au collège parisien Sainte-Barbe, Ignace avait partagé sa chambre avec cet étudiant plus jeune qui fut ensuite le premier prêtre de l'ordre religieux naissant. Avec un troisième étudiant, François-Xavier, ils formèrent "les amis dans le Seigneur", qui devait déboucher sur la création de l'ordre jésuite.

Favre, attaché à la réforme du catholicisme, parcourut ensuite durant de nombreuses années les routes d'Europe. A la demande de Rome, Pierre Favre se rendit ainsi en Italie, en Allemagne, en Espagne et au Portugal, au point qu'il en perdit la santé et mourut à l'âge de 40 ans.

Selon Antonio Spadaro, directeur de la revue jésuite italienne Civilta Cattolica, Favre était "porteur d'une sensibilité moderne, incarnait une ouverture mentale et spirituelle face aux défis de l'époque, surtout la Réforme protestante. Si certaines de ses règles oecuméniques avaient été entendues et mises en pratique, peut-être l'histoire religieuse de l'Europe aurait été différente. Il n'était pas un rêveur, mais un mystique à la profonde douceur", ajoute-t-il.

L'Europe devait être déchirée par d'effroyables guerres de religion entre catholiques et protestants.

str-jlv/jeb