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17/12/2013 03:06 EST | Actualisé 16/02/2014 05:12 EST

France : deux proches de Sarkozy soupçonnés de fraude en garde à vue

Deux proches de Nicolas Sarkozy ont été placés en garde à vue mardi dans le cadre d'une enquête sur de possibles fraudes au ministère de l'Intérieur entre 2002 et 2004, à un moment où les signes d'un retour en politique de l'ancien président français se multiplient.

Claude Guéant, ancien directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy lorsque celui-ci était ministre de l'Intérieur, et Michel Gaudin, alors directeur général de la police nationale (DGPN), ont été interrogés mardi dans les locaux de l'Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales à Nanterre (ouest de Paris), ont indiqué des sources concordantes proches de l'enquête.

La garde à vue de Michel Gaudin a été levée mardi en fin d'après-midi, et celle de Claude Guéant a pris fin dans la soirée, a-t-on appris de sources judiciaires et auprès de l'avocat de M. Guéant.

Les faits concernent des soupçons de détournement par les deux hommes de fonds réservés, en liquide, alors à disposition du ministère de l'Intérieur pour rémunérer des enquêteurs. Concrètement, Claude Guéant doit s'expliquer sur quelque 10.000 euros mensuels de primes non déclarées qu'il aurait alors perçues en plus de son salaire.

Claude Guéant "a rappelé qu'il s'était borné" à pallier "les insuffisances des dotations budgétaires des fonctionnaires", a commenté à l'issue de la garde à vue de l'ancien ministre son avocat Philippe Bouchez-El Ghozi.

"Il n'est accusé de strictement rien" et "s'étonne de la façon dont il est régulièrement mis en cause", a ajouté l'avocat, selon qui son client a répondu "très complètement à la justice".

C'est la première fois en France que deux anciens responsables de la police de ce niveau sont entendus sous le régime de la garde à vue. Celle-ci peut durer 24 heures et être prolongée une fois pour 24 heures supplémentaires.

Les deux hommes sont des personnalités très proches de l'ancien président : Claude Guéant, 68 ans, était considéré comme son "éminence grise". Homme de l'ombre à l'allure austère, il avait suivi M. Sarkozy du ministère de l'Intérieur à l'Elysée, où il a occupé le poste de secrétaire général, avant d'être nommé ministre de l'Intérieur.

Michel Gaudin, 65 ans, ancien chef de la police, est l'actuel directeur de cabinet de M. Sarkozy qui, depuis sa retraite officielle, donne de plus en plus de signes d'une envie de retour en politique.

Une enquête préliminaire pour détournement de fonds publics, complicité et recel avait été ouverte mi-juin à la suite de la publication d'un rapport des inspections générales de l'administration (IGA) et de la police nationale (IGPN, la "police des polices"), selon lequel des primes en liquide, puisées dans les "frais d'enquête et de surveillance" des policiers, avaient été remises à cette époque à M. Guéant.

Ancien préfet de police entre 2007 et 2012, Michel Gaudin est entendu parce qu'il était chargé entre 2002 et 2004 de la gestion des fonds d'enquête en tant que DGPN.

"Peintre flamand"

M. Guéant avait affirmé avoir avec ces primes payé en liquide plusieurs factures découvertes en février pendant des perquisitions à son domicile et dans son bureau dans le cadre d'une autre enquête, portant sur les accusations de financement libyen de la campagne présidentielle victorieuse de 2007 de Nicolas Sarkozy.

Les enquêteurs avaient alors également retrouvé la trace d'un versement de 500.000 euros que Claude Guéant explique par la vente à un avocat malaisien de deux tableaux d'un peintre flamand du XVIIe siècle, Andries van Eertvelt. Ce mystérieux avocat n'a pu être joint par l'AFP qui a tenté de le contacter à son cabinet à Kuala Lumpur.

Selon une source proche du dossier, deux autres anciens membres du cabinet de Nicolas Sarkozy au ministère de l'Intérieur ont également touché des primes.

Le versement de primes en liquide aux cabinets ministériels avait été supprimé par le gouvernement socialiste de Lionel Jospin en 2002, mais avait été rétabli entre 2002 et 2004 au ministère de l'Intérieur, selon les rapports de l'IGA et de l'IGPN.

L'actuel ministre de l'Intérieur, le socialiste Manuel Valls, avait annoncé avoir transmis ce rapport à la justice.

Cet épisode judiciaire intervient sur fond de multiplication des témoignages de proches de M. Sarkozy dans lesquels il apparaît que l'ancien président, encouragé par les sondages et par la crise persistante de leadership politique à droite, se montre de plus en plus déterminé à faire son retour avec en ligne de mire la présidentielle de 2017.

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