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17/12/2013 08:31 EST | Actualisé 16/02/2014 05:12 EST

Combats à Juba: 66 soldats tués, 10.000 civils réfugiés, craintes de violences ethniques

Plus de 60 soldats ont été tués à Juba et près de 10.000 habitants ont trouvé refuge auprès de l'ONU qui craint des violences ethniques dans la capitale sud-soudanaise où des combats ont repris mardi, au lendemain de l'annonce d'un coup d'Etat manqué.

Des tirs et des détonations ont repris dans la nuit malgré le couvre-feu et ont été entendus par intermittence jusqu'à environ 14H30 11H30 GMT) mardi dans divers quartiers de la capitale sud-soudanaise où la population se terrait, selon un journaliste de l'AFP.

Les tirs semblaient moins fréquents depuis, mais n'avaient pas totalement cessé.

"Il est crucial que l'actuelle violence ne prenne pas des dimensions ethniques", a averti la Mission de l'ONU au Soudan du Sud (Minuss), exhortant "tous les citoyens et les dirigeants à se garder de tout acte incendiaire ou violence contre des communautés en particulier".

La Minuss estimait "tôt mardi matin (qu')environ 10.000 civils avaient reçu protection" dans ses deux bases à Juba.

Un médecin d'un hôpital militaire a indiqué à une radio locale y avoir recensé 66 soldats tués.

Dans la matinée le secrétaire d'Etat sud-soudanais à la Santé Makur Korion, avait de son côté fait état d'au moins 26 personnes - civils et militaires - tuées à Juba depuis le début des combats dimanche soir et environ 140 blessées.

Il n'était pas possible de savoir si les deux bilans s'additionnaient.

Selon un journaliste de l'AFP, les tirs venaient d'au moins trois directions: quartier-général de l'armée dans le centre, ministère de la Sécurité nationale et Gudele II, quartier de l'ouest abritant une caserne.

La radio indépendante Tamazuj a fait état mardi d'affrontements près d'enceintes appartenant à l'ancien vice-président Riek Machar ou à ses fidèles.

Dinka contre Nuer

Lundi, le président Kiir avait affirmé avoir déjoué une tentative de coup d'Etat dont il avait accusé son ancien vice-président et des soldats lui étant fidèles.

Des observateurs ont émis mardi des doutes la réalité du coup d'Etat, y voyant un prétexte possible pour se débarrasser de Riek Machar.

En juillet, le président Kiir avait limogé son adjoint et l'ensemble du gouvernement, sur fond de rivalité entre les deux hommes et de dissensions au sein du régime, issu de l'ex-rébellion sudiste. Celle-ci est au pouvoir depuis un accord de paix avec Khartoum en 2005 ayant mis fin à des décennies de guerre civile et débouché sur l'indépendance du Soudan du Sud en juillet 2011.

Les craintes sont désormais que les affrontements se muent en tueries entre leurs deux communautés, Dinka du président Kiir et Nuer de son rival. Des sources humanitaires ont fait état de violences de militaires ciblant d'ores et déjà la communauté Nuer à Juba.

Les forces de sécurité quadrillaient mardi les zones-clés de la capitale où tous les magasins étaient fermés. Seuls des véhicules militaires patrouillaient tandis que les habitants étaient barricadés chez eux.

"Nous voudrions aller au marché acheter à manger, mais comment voulez-vous sortir avec ces tirs?", a expliqué à l'AFP Jane Kiden, une habitante du quartier de Mauna.

De nombreux habitants vivant à proximité de casernes ont été vus se réfugier dans d'autres parties de la ville.

Les premiers combats avaient éclaté dimanche soir, apparemment entre factions rivales de l'armée sud-soudanaise, à proximité d'enceintes militaires avant de cesser au milieu de la nuit et de reprendre lundi matin durant environ trois heures.

L'envoyé spécial des Etats-Unis au Soudan et au Soudan du Sud, Donald Booth, a déclaré mardi matin à la BBC que "la situation à Juba reste clairement tendue et incertaine".

"Nous continuons d'assembler les différents éléments et morceaux d'information, il est donc un peu prématuré de dire exactement ce qui a déclenché les violences. Nous savons qu'il y avait des tensions croissantes en raison de la dissension" au sein du parti au pouvoir dont M. Kiir est président et M. Machar toujours vice-président.

Selon des sources concordantes, Riek Machar et ses partisans ont claqué la porte samedi d'une réunion de l'exécutif du parti au pouvoir, le Mouvement populaire de libération du Soudan (SPLM), divisé depuis plusieurs mois.

Le sort de M. Machar, personnalité controversée pour s'être un temps allié à Khartoum durant la guerre civile, restait inconnu mardi. Plusieurs anciens ministres ont été arrêtés, selon des responsables.

L'aéroport de Juba restait fermé mardi et les communications téléphoniques difficiles.

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