NOUVELLES
16/12/2013 08:30 EST | Actualisé 15/02/2014 05:12 EST

TPIR : peine alourdie en appel pour un ancien maire

Un ancien maire rwandais condamné en première instance à 15 ans de réclusion pour le massacre de Tutsis dans une église, pendant le génocide de 1994, a écopé en appel d'une peine de 25 ans de prison, a constaté l'AFP.

La chambre d'appel du Tribunal pénal pour le Rwanda (TPIR) "annule la peine de 15 ans de prison et impose une peine de 25 ans d'emprisonnement", a déclaré le juge président Theodor Meron.

Aujourd'hui âgé de 60 ans, Grégoire Ndahimana dirigeait la commune de Kivumu, dans la préfecture de Kibuye (Ouest) pendant le génocide des Tutsis de 1994.

Les cinq juges d'appel ont confirmé sa culpabilité pour génocide et extermination (crime contre l'humanité) mais avec une forme de responsabilité plus lourde.

La chambre de première instance l'avait condamné pour n'avoir pas sanctionné les policiers communaux qui avaient été impliqués le 15 avril 1994 dans l'attaque contre les Tutsis réfugiés dans l'église catholique de Nyange, située dans sa commune. Il avait été également condamné pour "approbation tacite" de la destruction de l'édifice religieux le lendemain. L'église de Nyange fut démolie à l'aide d'un bulldozer, le 16 avril, ensevelissant ainsi près de 2.000 Tutsis qui s'y trouvaient.

Pour la chambre d'appel, l'ancien maire était bel et bien animé par l'intention génocidaire et a agi "dans le cadre d'une entreprise criminelle commune visant à exterminer les Tutsis de la commune Kivumu".

L'arrêt souligne que Ndahimana et d'autres dignitaires de l'endroit ont partagé de la bière, en guise de jubilation, après la destruction de l'église.

Après la lecture du jugement, l'ancien maire qui était debout dans le prétoire, s'est effondré brutalement sur son fauteuil. Son épouse, Esther, présente dans la galerie publique, n'a pas pu retenir ses larmes.

Arrêté le 10 août 2009 dans l'est de la République démocratique du Congo Ndahimana avait été transféré au centre de détention des Nations unies à Arusha, en Tanzanie.

Il est la troisième personne condamnée par le TPIR pour le massacre de l'église de Nyange, après l'ancien prêtre de cette paroisse Athanase Seromba et l'homme d'affaires Gaspard Kanyarukiga.

Le rôle des Eglises, particulièrement de l'Eglise catholique, dans le génocide de 1994 au Rwanda, suscite toujours de vives polémiques.

Lors des pogroms anti-tutsis de 1959 et de 1962 au Rwanda, les Tutsis qui s'étaient réfugiés dans des églises avaient eu la vie sauve.

Trois décennies plus tard, ils avaient donc afflué par dizaines de milliers dans des édifices religieux pour tenter d'échapper à leurs bourreaux. Mais, cette fois-ci, le plus souvent pour y mourir, déchiquetés par des grenades, brûlés vifs ou écrasés par des bulldozers.

er/hv/aub