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16/12/2013 02:29 EST | Actualisé 14/02/2014 05:12 EST

Soudan du sud: tirs intenses au cours de la nuit à Juba

D'intenses combats se sont déroulés durant la nuit de dimanche à lundi autour de bâtiments militaires à Juba, capitale du Soudan du Sud, dans un contexte de tensions politiques au sein du régime du jeune pays, indépendant depuis juillet 2011.

Aucun tir n'était plus entendu depuis environ 09H00 (06H00 GMT) et la ville est quadrillée par les forces de sécurité, a indiqué un diplomate, évoquant une "situation relativement confuse" et refusant de se prononcer sur les raisons des combats et l'identité des belligérants.

"Il y a beaucoup de rumeurs", a-t-il expliqué.

Le porte-parole de l'armée sud-soudanaise (SPLA), Philip Aguer, a assuré lundi à une radio locale que "l'armée contrôlait la situation" et cherchait "à établir l'identité de ceux qui ont déclenché les affrontements".

Le ministre sud-soudanais de l'Information Michael Makuei Lueth, contacté par l'AFP, a refusé de commenter la situation, soulignant simplement que le président Salva Kiir était toujours en fonction et devrait s'exprimer prochainement.

"Les tirs ont commencé vers 22H00-22H30 (19H-19H30 GMT) (...) et ont duré jusqu'à environ 2H00 du matin. Il y a ensuite eu une accalmie et ils ont repris vers 06H00 dans un autre quartier militaire", a expliqué ce diplomate, précisant que les combats avaient été pour l'heure circonscrits à deux endroits de la ville.

Une source sécuritaire à Juba a indiqué que les combats semblaient opposer divers éléments de la SPLA (Armée populaire de libération du Soudan), ex-rébellion sudiste ayant combattu les forces de Khartoum durant la guerre civile soudanaise (1983-2005) et devenue armée nationale à l'indépendance du Soudan du Sud en juillet 2011.

Mitrailleuses lourdes et mortiers

Cette source a fait état de l'utilisation de mitrailleuses lourdes et de mortiers durant les combats.

"Ce qui a déclenché les combats reste peu clair, mais semble connecté avec les développements politiques" au sein du Mouvement populaire de libération du Soudan (SPLM), parti au pouvoir issu de la rébellion sudiste.

Le Soudan du Sud est en proie à de graves tensions politiques depuis le limogeage en juillet dernier par le président Kiir de l'ensemble du gouvernement, notamment du vice-président Riek Machar, son rival politique qui avait annoncé son intention de se présenter contre le chef de l'Etat sortant lors de la présidentielle de 2015.

Ce limogeage avait laissé craindre un retour des clivages de la guerre civile, entre les partisans de M. Kiir, pour beaucoup issus de l'ethnie Dinka, et la communauté Nuer de M. Machar, mais jusqu'ici la situation était restée calme.

Le 6 décembre, lors d'une conférence de presse, M. Machar, accompagné notamment de l'ex-secrétaire général démis du SPLM Pagan Amum et de Rebecca Garang, veuve de John Garang, père de la nation sud-soudanaise décédé peu avant l'indépendance et de deux ministres limogés, avait dénoncé l'attitude "dictatoriale" du président Kiir au sein du parti.

"Les profondes divisions au sein de la direction du SPLM, exacerbées par les tendances dictatoriales du président du SPLM (Salva Kiir) (...) sont susceptibles de crééer de l'instabilité au sein du parti et dans le pays", avait averti M. Machar, figure politique charismatique mais controversée au Soudan du Sud, toujours vice-président du parti au pouvoir.

Plus de 800 personnes réfugiées dans un complexe de l'ONU

Ces déclarations avaient étalé pour la première fois au grand jour les graves dissensions au sein des dirigeants du régime sud-soudanais.

Lundi matin, la représentante du secrétaire général de l'ONU au Soudan du Sud, Hilde Johnson, a exhorté lundi matin "les parties belligérantes à cesser les hostilités et à faire preuve de retenue".

"Je suis en contact régulièrement avec les dirigeants-clés, y compris au plus haut niveau, pour appeler au calme", a-t-elle souligné, sans autre détail, semblant néanmoins indiquer implicitement que les combats opposent des factions politiques rivales.

Un porte-parole de Mission de l'ONU au Soudan du Sud (Minuss), Joseph Contreras, a indiqué que "plus de 800 civils, surtout des femmes et des enfants" se sont réfugiés dans un complexe de l'ONU adjacent à l'aéroport.

"Parmi eux figurent sept blessés, dont un enfant de deux ans dans un état critique", a-t-il ajouté.

Les ambassades britannique et américaine ont appelé leur ressortissants à éviter les déplacements en ville. L'ambassade des Etats-Unis a fait état "d'information de diverses sources crédibles sur des incidents de sécurité en cours et de tirs sporadiques dans divers endroits de Juba".

L'aéroport de Juba est fermé jusqu'à nouvel ordre, a-t-il également confirmé.

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