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16/12/2013 05:40 EST | Actualisé 15/02/2014 05:12 EST

Rapport sur la "fin de vie", témoignage d'une responsable politique: la France rouvre le débat sur l'euthanasie

La confession d'une responsable politique sur le suicide de sa mère et la présentation lundi d'un rapport demandé par le président François Hollande ont rouvert en France le très délicat débat sur la légalisation de l'euthanasie.

Une loi instaure depuis 2005 un droit au "laisser mourir" accompagné de traitements anti-douleur permettant de soulager la souffrance mais elle interdit l'euthanasie active et le suicide assisté en vigueur en Belgique, aux Pays-Bas et au Luxembourg.

Candidat à la présidentielle, François Hollande avait promis une loi pour "toute personne majeure en phase avancée ou terminale d'une maladie incurable" sans toutefois prononcer le mot "euthanasie". Il envisageait que ces personnes puissent demander "à bénéficier d'une assistance médicalisée pour terminer (leurs) vies dans la dignité".

A la demande du chef de l'Etat, un panel représentatif d'une vingtaine de "citoyens" s'est réuni à huis-clos pour discuter de l'euthanasie, une pratique qu'une majorité de Français souhaitent voir autorisée selon plusieurs sondages.

Le dernier baromètre de l'Ifop pour l'association pro-euthanasie ADMD montrait en novembre que 92% des sondés prônaient la possibilité d'euthanasie pour les "personnes atteintes de maladies insupportables et incurables" qui demanderaient à mourir.

La "conférence de citoyens" dévoilera ses conclusions lundi à Paris.

La question est plus compliquée pour le personnel médical, formé à soigner des patients et sauver des vies, et qui pour certains, recommandent plutôt la possibilité d'accorder un geste médical "accélérant la survenue de la mort".

"Le témoignage poignant d'une politique"

Dans la classe politique, le débat sur l'euthanasie n'a rien de partisan. Le témoignage de Sandrine Rousseau, porte-parole d'Europe Ecologie les Verts, partenaire des socialistes au gouvernement, a apporté une nouvelle voix à ceux qui prônent la légalisation de l'euthanasie.

L'élue écologiste risque des poursuites judiciaires pour "non assistance à personne en danger". Elle a raconté dans un récit poignant la mort fin septembre de sa mère qui décide à 68 ans, dont 26 ans de lutte contre un cancer, d'"avaler suffisamment de médicaments pour mettre fin à ses jours elle-même".

"Elle ne s'est pas suicidée par plaisir, elle l'a fait parce qu'elle savait que l'on n'abrègerait pas ses souffrances, pas suffisamment pour mourir dignement du moins", écrit-elle sur son blog.

L'écologiste s'est résolue à raconter la mort de sa mère "pour crier l'insupportable et dénoncer", son agonie, les "neuf heures à supporter cette souffrance non encadrée médicalement", "à attendre patiemment que son souffle s'arrête sans rien faire si ce n'est respecter son ultime volonté".

"Mourir dans la dignité a un véritable sens. Et surtout cela a un nom: l'euthanasie", dit-elle.

D'après une estimation d'un directeur de recherche à l'Institut national d'études démographiques (Ined), Nicolas Brouard, on peut évaluer le nombre d'euthanasies passives (interruption des soins ou de l'alimentation) à 3.000 par an en France tandis que "moins de 2.000" personnes souffrant de maladies graves se suicident chaque année.

Plusieurs affaires de suicide assisté impliquant notamment des infirmières ayant euthanasié des patients ont défrayé la chronique ces dernières années en France.

Mi-octobre, un urgentiste a été renvoyé devant les assises pour l'empoisonnement de sept patients en fin de vie, des actes qu'il a assumés en expliquant qu'il voulait mettre fin à des souffrances extrêmes.

Il y a dix ans, Christine Malèvre, infirmière dans un hôpital près de Paris, avait été condamnée à douze ans de réclusion criminelle pour l'euthanasie de six personnes.

Dans le reste de l'Europe, seuls les Pays-Bas, la Belgique et le Luxembourg ont légalisé l'euthanasie active.

Des formes d'euthanasie passive ou de "laisser mourir" existent dans les pays scandinaves, en Suisse, en Grande-Bretagne, en Allemagne, en Espagne et au Portugal. Les pays à forte tradition religieuse comme l'Italie, la Pologne, l'Irlande, la Serbie ou la Grèce assimilent et punissent l'euthanasie comme un homicide.

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