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16/12/2013 09:25 EST | Actualisé 15/02/2014 05:12 EST

Fukushima: visite d'un site encore précaire où les progrès sont visibles

Des carcasses de camions couchées, des armoires électriques éventrées, un pylône de ligne à haute tension arraché, un bâtiment dont le squelette de ferraille a été torturé par le tsunami: deux ans jour pour jour après la "stabilisation" de la centrale Fukushima Daiichi, la situation apparaît toujours précaire mais le chantier a bien progressé.

Sur le site, visité lundi par une journaliste de l'AFP, les silhouettes sont identiques, anonymes, muettes: des hommes en combinaisons blanches, têtes casquées, visages masqués, s'affairent dans le dédale de tuyauterie: près des centaines de réservoirs d'eau radioactive, aux abords des bâtiments des réacteurs. Ailleurs on répare une grue, bétonne des fossés ou surveille les installations de décontamination.

Mangé par une végétation jaunâtre en friche, le paysage a changé depuis que, le 16 décembre 2011, a été confirmé l'état "d'arrêt à froid" des réacteurs. Là où il n'y avait pas danger immédiat, tout est certes resté en l'état, mais là où les risques existaient, on a paré au plus urgent: en bord de mer, d'énormes sacs de pierres font désormais digue.

"Les travaux ont avancé conformément à la feuille de route. Même s'il reste de nombreux problèmes, rien à voir avec ce que nous avons connu dans les mois suivant l'accident", se félicite Akio Komori, un responsable du suivi des travaux.

Si l'état d'urgence a été levé, la compagnie gérante Tokyo Electric Power (Tepo) énumère trois tâches prioritaires, avant la plus énorme, l'extraction dans une dizaine d'années du combustible fondu des réacteurs 1 à 3.

"Nous devons d'abord régler le problème de l'eau contaminée, en améliorant les canalisations et réservoirs. Le gouvernement a établi un plan mais, sur le terrain, la situation reste difficile", explique Hirohisa Kuwabara, un directeur-adjoint de la centrale.

Il faut aussi, dit-il, gérer les déchets souillés et faire baisser le niveau d'exposition des travailleurs.

Car la radioactivité varie dans des proportions phénoménales, passant en quelques mètres de 20 à 1.000 microsieverts par heure, le long des tranches 3 et 4.

"Nous avons même trouvé un point de 25 sieverts/heure (dose létale en 20 minutes), le long d'une canalisation exposée aux vapeurs de ventilation juste après l'accident", confie M. Kuwabara.

Ce lieu est évidemment interdit, tout comme la proximité des coeurs fondus. Mais ailleurs, les travaux ont énormément avancé, au regard de la situation il y a un an lors d'une visite avec le Premier ministre Shinzo Abe.

"Les entreprises françaises peuvent nous aider"

Le monceau de ferraille déchiquetée qui surplombait le bâtiment au toit soufflé du réacteur 3 a disparu: les grues télécommandées s'activent toujours mais c'est déjà bien nettoyé.

Que faire de ces détritus? "Nous cherchons des techniques d'entreposage, nous pensons que les entreprises françaises peuvent nous aider", souligne le directeur-adjoint.

"D'ici un an, nous voulons diminuer le niveau moyen d'exposition à 1/10e de ce qu'il est aujourd'hui", précise ce responsable. Comment? "En grattant le sol, en déblayant, en bitumant les travées et en abattant les arbres alentour".

Depuis le 11 mars 2011, les travailleurs, encouragés par des messages d'enfants punaisés aux murs, n'ont pas chômé. Près de 30.000 sont intervenus sur le site en 2 ans et 9 mois, 2.500 à 4.000 par jour. Un quart environ de ce lot quotidien sont des salariés de Tepco, les autres sont engagés par des sous-traitants, qu'il s'agisse de gros groupes (Hitahi, Toshiba...) ou d'une kyrielle de petites boites dont Tepco ignore jusqu'au nom.

Malgré les incidents, globalement les travailleurs, des hommes de 20 à 60 ans, ont l'air sereins. Environ 200, selon M. Kuwabara, sont là depuis le début. Mais la limite d'exposition (50 millisieverts/an et 100 mSV sur un cumul de 5 années d'affilée) en force beaucoup à partir après quelques mois.

"Faisons coeur commun", lit-on en énormes caractères nippons sur des murs près des tranches 3 et 4. Ailleurs c'est: "Persévérons, n'abdiquons jamais".

Sous la bâtisse au-dessus du bâtiment réacteur 4 dont le toit avait été soufflé, l'extraction du combustible usé de la piscine se poursuit depuis novembre, "pour le moment sans problème", selon M. Kuwabara.

"Nous avons débuté le 6e chargement. Les 5 premiers, soit 110 assemblages, sont déjà dans une autre piscine", précise-t-il. Il faut encore faire cette délicate opération plus de 60 fois.

A l'écart, se trouve le QG de crise, antisismique, auquel on accède par un sas tapissé de bâches rose pâle et où règne une odeur suffocante de tabac froid. Rien ne laisse supposer les heures d'angoisse qu'y ont vécu les salariés de Tepco, lorsqu'ils parlaient d'un côté aux techniciens près des réacteurs incontrôlables et de l'autre avec le siège de la compagnie à Tokyo. Si loin.

Les téléphones rouges sont désormais scotchés. Il n'y a, espère-t-on ici, plus de raison de les décrocher.

Et au milieu de tables en ellipse, un écran menaçant: "système d'alerte sismique", lit-on en japonais. C'est le dispositif de l'agence de météo capable d'annoncer une secousse juste quelques secondes avant.

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